Le nomade freine la course des heures... il change le sable du sablier en poudre d'escampette

(Sylvain Tesson)

 

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Article rédigé le 15 juillet 2018 à Bishkek

 

 

 

Nous avons bien aimé la petite ville de Karakol constituée de rues perpendiculaires très ombragées  qui buttent sur les hautes montagnes sur lesquelles s’accrochent des nuées fantastiques. La plupart des maisons sont basses et blanches, les entourages des hautes fenêtres colorés de bleu et de vert. Les cours sont très fermées par de grands portails, des murs ou des palissades de tôle et il est bien difficile de jeter des coups d’œil curieux.

La cathédrale orthodoxe toute en bois nous retint le temps d’un dessin.

 La mosquée chinoise est assez atypique, avec ses toits recourbés comme ceux des pagodes  et des dentelles de bois peintes en bleu et roses. Le minaret en bois bleu ressemble à une tour de guet d’opérette.

Les gâteaux aux noix du supermarché du coin nécessitèrent des pauses thé. Au bazar, dont les échoppes sont d’anciens containers « China Shiping », nous trouvions des fruits et légumes et des petits restaurants pour découvrir les spécialités locales : le lakhma – c’est ainsi que se nomme cette soupe de nouilles et de légumes qui semble bien être le plat quotidien national -, des gros raviolis fourrés de viande et oignons, les mentis, et puis des friands dorés fourrés de viande et de pommes-de-terre.

De Karakol nous prenions la route plein ouest et rejoignons la rive sud du lac Issik Kul. Que dis-je un lac ? Plutôt la mer, bleu méditerranée, bordée de plages de sable, avec des montagnes abruptes sur la rive nord qui font frontière avec le Kazakhstan.

Nous y trouvions de beaux lieux de bivouac et bien que la route soit terriblement défoncée nous aimions cet itinéraire.

Nous y rencontrions Guy qui se faisait une virée à vélo dans le pays pendant ses trois semaines de vacances. Il allait faire en une étape ce que nous avions parcouru en trois jours. Si certains pédalent comme des dératés, nous allons piano-piano. 

Il y eut 10 km de côte dans un décor minéral.

 

 

En bas de la descente un restaurant nous fit mettre pied à terre. C’était un four dans ce trou de caillasses. Nous fut servi dans une salle bien ventilée, un « plof », entendez par là un pilaf. Avec ce plof bien lourd sur l’estomac il fallut pourtant repartir en pleine chaleur, monter encore une petite côte.  Au bout de 70 km de cette route complètement défoncée nous trouvions notre lieu de bivouac au bord du lac, entre marais et roseaux. Deux cyclos étaient là, prêts à aller se baigner. L’eau étant peu profonde et donc moins froide que les jours précédents. Nous enfilions les maillots et allions les rejoindre.

 

Claire et Eric (https://pole-pole.weebly.com) habitent Toulouse et ont pris une année sabbatique pour faire un grand tour d’Asie. Nous sympathisions, montions les tentes non loin l’une de l’autre et dinions ensemble. Une soirée bien sympa.

Les montagnes baissaient. Les prairies verdoyaient entre caillasse et lagune. Les fleurs des champs embaumaient.

 

Des volontaires sont demandés pour le prochain Bouzkachi. Si vous ne savez pas de quoi il s’agit allez voir sur Wikipedia (https://fr.wikipedia.org/wiki/Bouzkachi) ou, mieux, relisez « Les Cavaliers » de Kessel.

Nous arrivions au bout du lac, un peu tristes que cela soit déjà fini. Nous avions sur le GPS trois adresses d’hôtels dont nous ne trouvions aucune. Pourtant, c’était bien là ! J’entrais dans une cour et appelais. « Non, non. Pas de chambre ici » me fit comprendre la femme qui m’accueillit. Elle nous accompagna au coin de la rue pour nous montrer une maison où nous trouverions notre bonheur. Ce n’était pas d’une grande propreté mais ça irait. Dans la soirée, quand nous repasserons devant chez elle, la voisine nous donnera une belle poche de cerises.

 

Balikchi est une petite station balnéaire. En fait c’est une ville moche et triste. La plage derrière LE Grand Hôtel était bondée de familles au bain. 

Nous allions y manger une glace puis rentrions nous doucher et nous reposer. Quand nous ressortions dans la soirée pour aller diner nous croisions à nouveau Guy rencontré deux jours plus tôt. Il cherchait  une chambre. Nous l’emmenions chez notre logeuse. Ayant fait le tour du lac il put nous confirmer ce que nous soupçonnions déjà : la côte Sud que nous avions longée est bien plus belle que la côte nord. De plus on peut y admirer de beaux couchers de soleil.

Nous tournions le dos au lac avec quelques regrets. Pourtant, vu le nombre de voitures, bagages sur la galerie, et de cars qui y montaient il était temps de laisser la place aux vacanciers. Dans notre sens, dans cette grande descente en pente douce vers Bishkek, très peu de circulation en revanche. A 10h nous avions déjà parcouru plus de 40 km (mon compteur s’était arrêté en cours de route et Dany avait perdu le sien la veille). Pause-café dans une cafeteria avec œufs durs et pains fourrés de viande et oignons.

Plus nous descendions plus il faisait chaud. A Tokmok, en milieu d’après-midi, étaient affichés 37°. Après un coca à l’ombre d’un arrêt de bus nous partions en quête d’un hôtel et le premier fut le bon.

 

Une balade vélos déchargés – ça change bien des choses !- nous permit de traverser des villages agricoles pour aller visiter le site archéologique de Burana, ancienne capitale du XIème siècle, toute construite à l’époque en briques d’adobe. Résultat : ce superbe palais que les archéologues ont imaginé et redessiné, a tout simplement fondu et il n’en reste qu’une motte de terre, une butte. J’aimais cette image d’une vanité humaine qui fond sous la pluie. Imaginons le Taj Mahal fondant comme une glace au soleil… A Burana ne reste que le minaret de la mosquée également disparue. Nous essayons vainement de trouver un autre site archéologique indiqué sur nos cartes à une quinzaine de km de là. A moins qu’il ne s’agisse de cette autre motte de terre devant laquelle s’obstinait notre GPS.

En route pour Bishkek. Beaucoup de circulation, beaucoup de bruit sur cette route. Un œil dans le rétroviseur, un œil sur le bitume, pas vu grand-chose du paysage. Nous constations une fois de plus que, bien que la circulation se fasse à droite, un véhicule sur deux a le volant à droite. D’où viennent ces voitures. Achetées d’occasion au Japon ?

 

La chambre « deluxe » réservée à la  Friends  Guesthouse est vraiment spacieuse et confortable. Dommage que notre fenêtre donne sur le boulevard très passager. Dans la grande cour-jardin de l’hôtel nous rencontrons d’autres voyageurs, certains sur la Route de la Soie à moto, d’autres à vélos. La plupart attendent leurs visas pour la suite du voyage. Nous faisions comme eux et dès le vendredi furent déposées nos demandes de visas pour l’Ouzbékistan et l’Iran.

Il n’y a pas grand-chose à voir à Bichkek. La population y est très mêlée, femmes voilées ou en short, de peau foncée et chevelure noire ou blonde et rondouillette.Il n’y a pas grand-chose à voir à Bichkek. La population y est très mêlée, femmes voilées ou en short, de peau foncée et chevelure noire ou blonde et rondouillette. 

Robe longue ou short ultra court

L’ambiance y est décontractée et les gens sourient facilement. Mais, comme dans toutes les capitales les tout petits métiers  sont la preuve de pauvreté. 

Nous faisons nos courses au bazar tout près de l’hôtel : 0,20 € le kg de tomates ou d’abricots, 1€ les 500 g de framboises, le même prix pour un copieux pilaf ou ragout de pommes de terre, 0,25 € notre crème glacée quotidienne. D’ailleurs, c’est l’heure, je vous quitte.


Article rédigé le 3 juillet 2018 à Karakole (Kirghiztan)

 

De l’air, de l’air, poursuivons la transhumance (Kenneth White)

 

Le Kazakhstan est souvent qualifié de « pays d'Asie centrale » en raison des liens historiques, linguistiques, culturels et politiques qui le lient aux quatre autres ex-républiques soviétiques d'Asie. L'Extrême-Ouest du pays n'est généralement pas considéré comme faisant géographiquement partie de l'Asie centrale mais de l'Europe (selon une convention généralement admise, le continent européen s'arrête aux monts Oural puis au fleuve du même nom) : le Kazakhstan est ainsi situé sur deux continents (bien que la partie européenne soit désertique et très peu peuplée).

Cinq fois plus grand que la France mais peuplé d'environ 18 000 000 d'habitants, le Kazakhstan a l'une des densités de population les plus faibles du monde. (Wikipedia)

 

Et nous voici à Almaty, la plus grande ville du Kazahstan (1 600 000 habitants), chez Oga qui tient une guesthouse de voyageurs. L’ambiance y est sympathique. Autour de la grande table de cuisine nous rencontrons des gens de tous âges qui voyagent, en bus ou à vélo, à travers les pays en stan – Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan, etc… Certains s’apprêtent à emprunter la Pamir Hyghway. Les échanges et les récits fusent.

 

Le ciel est plus léger qu’en Asie de l’Est. Le merle chante à notre grande joie. Son chant est une des choses au monde qui me rend le cœur léger. Les montagnes encore partiellement enneigées encadrent cette petite ville calme et verdoyante. Les prix sont doux. Nous retrouvons le plaisir de manger des légumes et des laitages. Nous sommes de retour dans la civilisation du pain, du lait et du miel.

Par le bus puis un téléphérique nous montions jusqu’à 3200 m, sur un plateau au pied de pitons rocheux qui s’élèvent à 4 000 et même 5 000 m d’altitude. Les roches noires déchiquetées des sommets et les longues coulées de neige étaient de bons sujets pour le dessin à l’encre. La neige ? Elle tombait d’ailleurs en petits flocons clairsemés, bien durs. C’était pur, dur, beau.

 Cela nous purifiait de tous ces mois passés entre des tours et des barres d’immeubles. A nos pieds la petite ville verte d’Almaty et une plaine immense, plate et désertique.

Première étape en Asie Centrale, en route vers le Kirghizstan, le pays des yourtes et des pâturages, des lacs et des neiges éternelles.

 

Cela commença par une route à grande circulation sur environ 5 km, puis une route complètement défoncée, avec des trous énormes le long d’un canal.

 Nous piqueniquions à l’ombre, assis sur un muret, en regardant avec inquiétude le ciel s’assombrir. Une forte bourrasque et l’orage nous surprirent alors que nous traversions un village, juste devant un portail ouvert. Le long de la maison, l’allée était couverte. Nous nous engouffrions en demandant d’un signe l’autorisation à l’homme qui s’avançait. Il nous fit signe de le suivre. Nous contournions une maison récente derrière laquelle s’en cachait une beaucoup plus petite, basse et blanchie à la chaux avec une tonnelle. On nous fit signe de nous assoir. Le poulailler, le potager, la grand-mère qui s’activait à saler de la viande … nous nous retrouvions 35 ans en arrière chez les Papavassiliou à Kastraki (Grèce). Une heure se passa sans que la pluie diminue. Nous attendions. La Mama nous fit signe d’aller nous laver les mains, d’ôter nos chaussures et d’entrer. Nous étions invités à partager le repas familial. Et si dans certains pays la mère est la servante de ses fils, ici elle semblait plutôt être la mère nourricière. C’était elle qui remplissait les assiettes de soupe aux légumes, qui distribuait la viande de bœuf, les morceaux de pain. Elle nous gratifia d’un bon morceau de gras dans notre soupe auquel nous ne faisions pas honneur. Il y eut en dessert une compote de framboises du jardin. Une motte d’un beurre jaune fait maison avec le lait de leur ferme était mangée à la petite cuillère. Et le repas se termina par un bol de thé. Nous sortions de table, repus, une heure plus tard. Grâce au smartphone et par gestes nous avions pu nous présenter un peu les uns aux autres, mais la conversation ne pouvait guère aller plus loin.

 L’orage était passé. Nous remercions et reprenions la route.

 

Issik se réduisait à deux rues sur notre carte. En fait c’était une vraie bourgade en plein jour de marché, complètement embouteillée. A l’issue de cette première journée sur les routes kazakhes nous constations la gentillesse de ce peuple, sa spontanéité et les « bonjour » ou les petits coups de klaxon pour nous saluer. Et je regrettais de ne pas savoir plus de deux mots de Russe pour communiquer. Le Russe et le Kazakh sont les deux langues officielles du pays. Les mosquées et les églises orthodoxes se côtoient. Nous sommes autant salués d’un « salamalec » que d’un « previet ».

La mosquée d’Issik

 

Une quinzaine de kilomètres après Issik nous retrouvions le canal et la petite route pleine de trous mais bien tranquille. Nous pédalions ainsi seuls, dans un paysage de collines arides, nous éloignant des monts enneigés, avec, de temps à autre, des fermes isolées ou des hameaux agricoles en contrebas de la route. Sur notre gauche, au pied des collines dans lesquelles nous peinions, s’étendait une immense plaine verdoyante et au loin le lac Kapshagay qui permet l’irrigation de toute la région. 

Il était 16h et nous avions déjà parcouru 80 km. Nous réfléchissions à l’ombre d’un arbre solitaire pour savoir si nous allions continuer tout droit, au risque de ne pas trouver d’eau, ou si nous allions bifurquer vers la plaine agricole et ses bourgades. Nous n’avions pas trouvé à acheter à Almaty un filtre à eau et cela allait nous manquer. Un homme et deux femmes en voiture vinrent vers nous. Ils étaient allés chercher de l’eau à une source lointaine et nous en offrirent spontanément une bouteille avant même que nous leur parlions de notre problème.  D’après eux, à Shellek, dans la plaine, nous trouverions des supermarchés et des hôtels. Nous tournions à gauche et descendions des collines. Les appels des ânes, le chant des coqs nous accompagnaient. Une heure plus tard nous trouvions l’hôtel, un peu vieillot et décrépit, lègue sans doute de l’ancienne Union Soviétique. Nous fut louée la plus belle chambre : un salon de 40 m2 et une chambre de la même taille, salle d’eau privée, le tout un peu déglingué et pas très propre. Faute de trouver de quoi manger tout près et trop fatigués pour étendre nos investigations, nous dinions dans notre salon d’un peu de couscous et d’une boite de haricots.

A l’entrée d’un défilé rocheux, sur un parking, il y avait deux restaurants mitoyens. A 10 h nous avions déjà parcouru 30 km et nous avions faim.  Nous voyant arriver les deux patronnes se mirent sur le pas de leurs portes, nous appelant en même temps. Elles doivent se faire une guerre terrible. Nous montions les trois marches du premier établissement. « Tchai ? Spaghettis ? » - Va pour du thé et des pâtes. Un bon bol de pâtes aux légumes pour la pause-café et un thé fort et sucré.

Une petite sieste sur des coussins et nous repartions une heure plus tard pour affronter la chaleur dans ce défilé minéral.

 

A la sortie de la gorge était un autre restaurant, une boutique et un point d’eau potable. Nous rencontrions là un groupe de cyclos polonais qui nous vantèrent la beauté du Schering Canyon et nous décrivirent l’accès avec tellement de détails que, quand nous nous sommes trouvés devant un panneau « Schering Canyon 10 km » au coin d’une piste poussiéreuse, avec un manège de camions de terre, qui ne ressemblait en rien à ce que nous attendions, nous nous sommes dit qu’il devait y avoir un autre accès plus loin. Et nous avons roulé, roulé, dans un paysage très vaste, mais sans jamais trouvé d’autre route. Nous en déduisions qu’il aurait bien fallu tourner plus tôt mais la descente d’une dizaine de kilomètres à 12% que nous venions de savourer nous découragea de faire demi-tour. Pour le coup nous étions vraiment des couillons. Cependant le paysage était grandiose. Que cela faisait du bien ces immensités nues après l’urbanisation à outrance du Japon et de la Corée !

Mais au fait, je raconte, je raconte, mais ai-je réalisé que nous étions  sur la Route de la Soie ? Celle qui nous a tant fait rêver ? La Route de Marco Polo, Nicolas Bouvier , Ella Mayart , Roland et Sabrina MichaudLes Pieds Devant ?... Nous y étions, nous aussi, sur nos vélos !

Les orages qui nous tournaient autour faisaient des éclairages dignes des plus beaux albums. L’orage d’ailleurs nous arrivait dessus. Il était temps de se mettre à l’abri. En contrebas de la route nous trouvions un emplacement de bivouac potable et à l’abri d’une inondation possible. Monter la tente avec les rafales de vent fut épique. Dany se retrouva les quatre fers en l’air, le short coincé dans une attache de la tente qui voulait prendre son envol. J’ai bien cru le voir décoller en parachute ascensionnel. Pas de cliché. Il y avait d’autres urgences : haubaner solidement et nous enfourner avec les sacoches dans la tente tandis que l’orage passait à côté et se transformait en une minuscule ondée.

Bivouac après l’ondée

 

Nous montions, montions, d’abord en faux plat jusqu’à un village où nous nous offrions un énorme esquimau, puis ce fut un col de 25 km de long. 7% - 10 % … petit plateau, petite vitesse. Nous rencontrions trois ou quatre arbres qui furent autant de prétextes à des pauses abricots secs, pain ou bananes. Des chauffeurs de camions de matériaux qui faisaient des allers-retours nous encourageaient à chaque passage. Tout près du sommet ils nous saluèrent de longs coups de klaxon.

Sur le plateau de Kegen des petits troupeaux de bovins et de chevaux divaguaient. 

Voilà à quoi servent les abris bus

 

 

Les familles en estive avaient dressé des yourtes blanches sur le bord de la route pour vendre leurs boulettes de fromage sec.

Arrivés à Kegen vidés. Plus d’énergie. Il était 15 h et nous n’avions pas encore fait de vrai repas. Dans un restau-épicerie nous fut servie une assiette de pâtes et du thé. J’avais repéré auparavant des endroits susceptibles de recevoir notre campement mais rêvais secrètement d’un bon lit et d’une douche. Oui ! Il y avait un hôtel à Kegen !  Un homme nous y conduisit et nous fut octroyée une véritable suite (chambre+salon mais pas de salle d’eau), fenêtre grande ouverte sur le plateau et les montagnes, soleil à profusion, chant des coqs et pépiement des oiseaux.

Les villages ici ne sont que des poignées de maisons au bord de la route et des épiceries-restaurants. Certaines ne sont que des baraques, d’autres plus grandes et coquettes, les plus anciennes construites en pisées. La tôle est omniprésente, pour les toits et les clôtures. On sait qu’on est au centre du bourg et que là il y aura sans doute quelque chose à acheter à la vue des voitures, certaines dignes de Caldwell (voir la Route au Tabac)  garées n’importe comment et d’un attroupement de gens. 

Nous remarquions le nombre important de gens de tous âges, hommes ou femmes parfois avec un ou deux gamins, qui font du stop et tout aussi important le nombre de véhicules qui s’arrêtent. Nous comprendrons bientôt que, dès que l'on possède une voiture, on est taxi et sans doute chaque passager paye-t-il son passage.

Nos vélos bien sûr attirent l’attention partout où nous nous arrêtons, ce qui est un peu fatiguant. Et on nous demande rapidement « Combien ? Combien de Dollars ? », Question qui m’embarrasse beaucoup. Dany a trouvé la parade. Il répond, en montrant une voiture, en bon état tant qu’à faire : « Combien ? Combien ta voiture ? Moi, je n’ai pas de voiture, seulement un vélo » et alors les pouces se lèvent d’admiration.

 

Kegen possède un petit bazar, groupe de bicoques de tôles peintes et de containers recyclés. On y trouve tout ce qui est utile et indispensable à la vie quotidienne de cette petite communauté. Il y règne un grand calme et une ambiance bon enfant.

KIRGHIZTAN

 

 

Le Kirghizistan est un pays d’Asie centrale, encadré par le Kazakhstan au nord, l’Ouzbékistan à l’ouest, le Tadjikistan au sud-ouest, et la Chine au sud-est et à l’est. D’une superficie de 198 500 km2

Le pays est presque entièrement montagneux. Ces zones montagneuses divisent le pays en deux, le Nord-Est et le Sud-Ouest ; ces deux parties ne communiquent que par des cols situés à plus de 2 700 m d'altitude. Les principales villes du Kirghizistan se situent dans les zones les plus basses du pays.

 

En 2016, la population du Kirghizistan était estimée à 5 727 553 habitants. La même année, 30,1 % avaient moins de 15 ans et 5,13 % plus de 65. Le pays est rural à 64,3 %, pour une densité de population assez faible de 29 habitants par km². La capitale, Bichkek, compte officiellement 589 000 habitants, auxquels il convient sans doute d'ajouter de nombreux saisonniers, ainsi que des occupants illégaux de terrains non répertoriés dans les statistiques. L'espérance de vie est en 2016 de 70,7 ans avec une espérance de vie de 75 ans pour les femmes et de 66 pour les hommes.

Dimanche 1er juillet nous entrions au Kirghiztan. Départ de Kegen dès 6 h du matin, gilet sur le dos, ciel couvert et vent frisquet. 15 km de bonne route jusqu’à Karkara puis ce fut de la piste. 

Nous mettions plus de trois heures pour atteindre la frontière kirghize, un simple poste ouvert de mai à octobre, au milieu de nulle part à 2 000 m d’altitude et tenu par des militaires qui firent semblant d’inspecter nos bagages. Ils ne doivent pas être débordés de boulot. Le ciel était noir d’encre et les éclairages sur les pâturages trop verts encore une fois sublimes. 

Tout au long de la journée nous verrons des campements d’estive, yourtes et caravanes, des troupeaux de bovins et de chevaux en liberté, des gamins hauts comme trois pommes, joues rubicondes, casquette vissée sur la tête, galoper sur leurs canassons à travers les prairies. Ils arrivaient au galop vers nous pour nous saluer – nous ? ou bien nos drôles de canassons à pédales ? Ils sont pour nous le symbole de la liberté ces gamins dans cette immensité, mais que pensent-ils de ces étrangers venus de loin à vélo et qui traversent leur pays presque quotidiennement pendant les mois d’été ? 

Le tracé que nous avions préparé sur la carte devait nous épargner 40 km, moyennant tout de même une côte où il nous faudrait pousser sur deux ou trois kilomètres. Mais lorsque nous nous sommes trouvés à l’embranchement de cette « route » secondaire, son aspect de chemin forestier nous fit tout remettre en question. Nous resterions sur la route principale qui, en l’occurrence, n’était qu’une piste déjà pas facile.

Nous avions fait près de cinquante kilomètres de piste caillouteuse dans la journée et qui nous rappelait la Carretera Australe chilienne parcourue en 2013. Cependant nous ne ressentions aucune fatigue dans les mains et les épaules. Vive le vélo couché !

 

 

A 16 h nous décidions d’installer le bivouac pour profiter de la fin de la journée ensoleillée et de l’eau du torrent pour nous laver.

De l’espace ! De l’espace pour pédaler !

 

Encore quelques kilomètres de piste et ce fut le retour du bitume, bien lisse, tout neuf. En plus, la route descendait doucement. J’avais l’impression d’être sur une moto électrique, bien installée sur mon siège, les mains relaxées sur le guidon, à regarder le paysage défiler dans le silence.

 

Nous quittions les montagnes et les verts pâturages pour arriver dans une vaste plaine  cultivée de blé, pommes-de-terre et surtout de colza en fleurs, ce qui peut paraître tardif un début juillet mais nous étions tout de même encore à 1 600 m d’altitude. 

Finis les campements et les troupeaux. La route était bordée de grands peupliers. Les villages étaient de plus en plus nombreux, groupes de fermettes joliment peintes de blanc et de bleu.

 

Dans l’un d’eux nous avisions un panneau avec les taux de change devant ce qui devait être une banque. Nous entrions dans un bureau où attendaient déjà quatre ou cinq personnes. Et commença l’attente. Tandis que Daniel patientait je jetais des coups d’œil aux vélos qui éveillaient la curiosité des gamins. Deux grands-mères passèrent et, me voyant, sortirent un smartphone de la poche d’un tablier pour faire un selfy avec moi. Entrées dans le bureau de banque elles se prirent d’amitié pour Daniel qui se trouva lui aussi immortalisé avec ses deux nouvelles copines.

Ce fut enfin notre tour. Nous voulions changer le peu d’argent kazakh qui nous restait et un billet de 10 €, histoire d’atteindre une ville et de trouver un distributeur. Cela dura ¾ d’heure ! L’employée passa des coups de fil pour recevoir des directives, recopia le passeport, enleva son gilet car cela lui donnait des suées, chercha sur son ordinateur, tapota des chiffres à n’en plus finir … Quand nous avons pu enfin toucher nos Som kirghizes il était quasiment midi et nous avions faim. Dans un restaurant juste à côté, avec alcôves intimes, nous fut servi un bol de pâtes avec des légumes – j’ai comme l’impression que ça va revenir souvent au menu. Mais elles étaient fraîches ces pâtes que la serveuse fabriquait elle-même tout en rendant la monnaie avec ses mains grasses.

Bon. Il était temps de reprendre la route. Nous enfourchions les vélos. Disions « goodbye » à un vieux qui avait apparemment monté la garde devant et … Merde ! Crevé ! Un beau clou  tapissier enfoncé dans le pneu. Décidément nous n’arrivions pas à quitter ce patelin. Le temps de décharger, démonter, réparer et nous voilà repartis. Nous rattrapions

 une route à grande circulation pas très agréable et aux bas-côtés défoncés. Deux vélos chargés arrivaient en sens inverse. C’était Gaelle et Alexis (voir leur site : http://enselleetbretelles.blogspot.com) qui venaient de France par la route et se dirigeaient vers la Mongolie. Nous échangions quelques infos, papotions un bon ¼ d’heure sur le bord de la route.

 

Karakole est une base de départ pour des treks en haute montagne. Il n’y a quasiment que des hôtels et des banques. On vient là pour le ravitaillement et trouver un guide. Nous allons y rester deux jours car nous avons envie de voyager lentement, très lentement.

 

Notre destination nous rapprochera du lac Issik Kul dont nous voulons suivre la rive sud, le plus grand lac naturel d’altitude au monde, après le Titicaca. Ce lac  forme une petite mer intérieure de 6 332 km2 à 1 620 m d'altitude. Profond de 700 m, le lac est légèrement salé et ne gèle pas en hiver. Son nom, Yssik Koul, signifie d'ailleurs en kirghize « lac chaud », et il est en partie alimenté par des sources chaudes.