Le nomade freine la course des heures... il change le sable du sablier en poudre d'escampette

(Sylvain Tesson)

 

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Article rédigé le 20 janvier 2019 à Fethyé

Cirali - Fethyé

 

 

 

 

 

 

Et nous avons continué le long de cette côte Lycienne, doucement-doucement, slowly-slowly, siga-siga, pole-pole, bref pas très vite.

De Cirali où nous avons cocooner presque deux semaines, il a bien fallu début janvier reprendre la route et sortir de notre trou, ce qui n’est pas une façon de parler puisqu’ une heure et demie d’efforts fut nécessaire  pour atteindre la route principale 7 km plus haut.

 

Un thé fort et sucré accompagné d’un simit (petit pain rond au sésame, appelé kouloury en Grèce) en haut de la côte et nous repartions. En fait nous avions le choix entre la route principale, passagère, sur 40 km dont près de trente en descente, et une plus petite, quasiment déserte, qui nous amènerait au même endroit en 50 km avec de bonnes côtes. Nous options évidemment pour la seconde, ignorant que nous allions pousser pour monter des murs. Les derniers vingt kilomètres devaient être tout plats, mais c’était sans compter avec le vent de face qui se renforçait au fur et à mesure que l’après-midi avançait. Nous traversions des collines ravagées par le feu et en maints endroits les grosses pluies de ces derniers temps avaient emporté des bouts de terrains et dessouché des arbres.

 Bref, c’est complètement moulus que nous avons atteint Finike, ville balnéaire sans trop d’intérêt. Et il plut encore toute la nuit.

Devant notre bungalow à Finike

 

 

Inutile de se presser le matin. Il faisait froid et il pleuvait. A 9 h nous enfourchions les vélos, faisions 200 m puis demi-tour pour attendre la fin de l’averse. Deuxième départ à 10 h pour nous abriter bientôt sous un auvent de bois pendant près d’une heure et laisser passer la deuxième averse. 

Nous avons  réussi à parcourir encore 5 ou 6 km avant la troisième averse qui nous arriva dessus juste devant la petite boutique de Veri – « comme Veri Good » (sic) – en bordure de falaise au milieu de nulle part. Deux tables dehors, des caisses d’oranges et un kiosque vitré dans lequel le samovar entretenait une chaleur d’enfer. Veri commença par nous servir un thé, des confiseries et des noix, puis téléphona à un copain anglophone qui puisse faire l’interprète. Voilà. Si la pluie ne cessait pas il nous proposait de nous emmener diner chez lui puis de revenir coucher là, au coin du feu. C’était vraiment gentil mais il n’était que 13h et la journée risquait d’être longue.

 Nous espérions bien repartir. Et de fait le ciel se déchira et nous reprenions cette route en corniche dans un très beau décor sous une lumière toute neuve.

 

A Demré nous avons visité deux hôtels sans nous décider. Il était 15h et nous n’avions toujours pas déjeuné. Un homme nous accosta en Allemand. « Vous cherchez quelque chose ? Je peux vous aider ». Un coup de fil et il nous dénichait une chambre chez l’habitant, juste au pied des ruines antiques. Mais il y avait une contrepartie. Il était journaliste et tenait avec nous son papier du jour. « Deux cyclistes Français en voyage à travers la Turquie ». Il fallut donc jouer le jeu, lui raconter notre histoire – enfin une histoire plausible -, se plier à ses exigences photographiques. « Techekkurle – Güle güle ! » et nous n’avions toujours rien mangé de sérieux depuis 7h ce matin. En guise de Quatre Heures nous avalions un doner kebab dans un fastfood avant de rejoindre notre pension.

 

Le petit déjeuner était inclus dans le prix de la chambre et nous avons eu la surprise de le prendre avec nos propriétaires, assis en tailleur sur la moquette du salon autour d’un grand plateau rond. Pain, œufs durs, tomates, olives, fromages et fruits confits. Quel dommage, avec toutes les oranges perdues que nous voyons à terre dans les vergers, que les Turcs ne fassent pas de vraies confitures ! Dommage aussi que notre hôtesse n’ait pas été plus souriante.

Petit déjeuner pris assis sur la moquette, une nappe sur les genoux en guise de serviette

Les températures baissaient toujours et un bon vent du nord tint le ciel pur toute la journée. Cependant il avait encore plu toute la nuit précédente et la limite neigeuse sur les versants sud des montagnes n’était désormais pas à plus de 5 – 600 mètres. La télévision diffusait les actualités pendant le petit déjeuner nous informant que la totalité de la Turquie était sous la neige, excepté cette petite frange littorale mediterranéenne. Je regrettais un peu d’avoir quitté notre cocon de Cirali.

 

Notre pension n’était qu’à 500 mètres du site romain de Myra. Outre un théâtre, ce qui retient surtout dans cet endroit ce sont les tombes rupestres creusées dans la roche.

A voir également à Demré, la fameuse église St Nicolas du XIIème siècle abritant soi-disant le tombeau du saint né non loin de là et évêque de la cité et quelques restes de fresques intéressantes. Beaucoup de Russes viennent dans cet endroit en pèlerinage.

Cette fois-ci encore nous avions le choix entre la grande et la petite route et choisissions la seconde. Et bien nous en a pris !

 

Partis avec bonnets et gants de laine nous allions en fin de matinée pédaler en chemise. Les côtes y étaient pour beaucoup. Nous  étions quasiment seuls sur cette route secondaire étroite et sinueuse qui dessert quelques villages agricoles dans un paysage de rocailles et de chênes verts.

Un panneau « Tchaï – Gozleme (crèpes fourrées d’épinards ou de fromage) » nous fit mettre pied à terre. C’était l’heure de notre pause et un thé accompagnerait notre pain au sésame avec bonheur. Nous étions à peine descendus de vélo qu’un couple se précipita vers nous. Leur café-restaurant était-il ouvert ? Je n’en étais pas sûre mais une table et deux chaises furent vite installées en plein soleil. Quand la femme nous vit manger nos petits pains, elle revint avec un plateau chargé d’olives – de l’oliveraie d’en face-, de fromage – du lait de leurs  chèvres -, de noix – de leurs noyers-, de tomates – poussées dans leur serre -, d’écorces d’oranges confites – de leur orangeraie – et d’une galette de pain toute chaude sortie du four. Arriva sur la table également une coupelle d’une espèce de sauce noirâtre « très énergisante ». Dany trouva cela plutôt bon tout en piochant tout de même beaucoup plus largement dans le confit d’orange. Cette sauce provenait des gousses du caroubier, arbre commun dans cette campagne. Un deuxième petit déjeuner donc, offert par une hôtesse bien plus gracieuse que celle chez qui nous avions logés à Demré. L’homme alla cueillir des citrons pour nous, sa femme en fit autant avec de la sauge pour que nous puissions nous faire une infusion « santé ». Et quand nous avons sorti le portemonnaie, ce fut « Non, cadeau ». Yussuf et Zeyneb étaient tellement contents que nous nous soyons arrêtés chez eux ! Ils avaient des chambres à louer et il était tentant de rester là, dans ce morceau de  causse si calme. 

Mais il n’était que 11h, il faisait beau, la route nous appelait.

Ce fut une belle étape bien que difficile. Le vent glacé se leva en début d’après-midi et quand nous avons rejoint la grande route et qu’il n’y eut plus que dix kilomètres de descente pour atteindre Kas, il se mit à tomber un grésil cinglant qui se transforma bien vite en pluie glaciale.

Toujours autant de chiens abrutis dans les villes, mais plutôt moins agressifs que méchiants.

Nous arrivions dans le centre de Kas frigorifiés et nous réfugions dans une chambre d’hôtel, pas très chaude à vrai dire, tandis que la nuit s’annonçait froide.

 

La journée du lendemain commença par un orage avec une température de 5°. La première chose fut de déménager pour un appartement avec balcon plein sud dans la rue d’à côté avant de découvrir les lieux. Nous allions y rester quatre jours.

La côte découpée de presqu’îles et de baies  comme celle dans laquelle se niche le bourg de Kas est absolument superbe et nous avons eu encore une pensée pour nos amis marcheurs qui se régaleraient tout au long des 500 km de cette Voie Lycienne ou Chemin de St Paul. Kas est adossé à une véritable muraille montagneuse. Notre propriétaire en nous montrant la neige était d’ailleurs absolument désolé : « Ce n’est pas normal ! C’est la première fois que je la vois ici ! ». Dans cette cité très touristique le climat est habituellement doux si l’on en croit les géraniums encore en fleurs et en pleine terre sous notre balcon. A Kas il  y a des tombes antiques, un théâtre bien restauré qui s’ouvre vers la mer, de vénérables oliviers, des kapokiers, mais surtout, là, toute proche et fermant la baie, une ile grecque ! La tentation purement et simplement ! Une ile grecque à 7 km ! Les prix pour y séjourner nous refroidirent. Pour aller boire notre Ouzo sur le port il faudrait attendre encore un peu.

La route qui longe la mer et ses baies profondes jusqu’à Kalkan est vraiment agréable, surtout sous le soleil comme ce fut le cas. Juste un grain qui nous obligea à prolonger notre arrêt  dans une station services. Il y eut ensuite une bonne côte pour passer un promontoire rocheux, puis une descente vers une large plaine entièrement, inutile de le préciser, recouverte de serres en plastique.

Patara, c’est à gauche, à 3 km de la grande route. On s’enfile entre deux collines rocheuses plantées d’oliviers et citronniers pour arriver dans un patelin balnéaire tout fermé, un peu sinistre par ce temps pluvieux mais où nous avons, grâce à l’aide d’un autochtone, trouvé un appartement. Pour combien de jours ? Bien difficile de répondre à la question. Nous étions venus pour visiter le site antique de Patara, mais depuis que nous longions cette côte, nous ne savions jamais, en fin d’étape, quand la pluie – ou plutôt l’arrêt de la pluie – nous permettrait de faire la prochaine. Cependant nous avons bien aimé cette flânerie qui nous aura permis de rester plus longtemps que prévu dans chaque lieu, et de ce fait de nous en imprégner.

 

Donc, une fois traversé le village de Patara, on longe un grand marais planté de roseaux dorés jusqu’à la mer. L’ancienne baie qui abritait le port antique, a été au fil du temps fermée par une dune de sable.

C’est de là que nous allions, sans bagages, découvrir les sites de Xanthos et Letoon situés à une quinzaine de kilomètres.

Nous avons aimé ces sites antiques de moindre importance, dont il ne reste pas grand-chose d’autre que des tas de pierres, des morceaux de colonnes bien alignées par les archéologues, des pans de murs, et pratiquement toujours les vestiges d’un beau théâtre, traces de villes, de ports, ou des sociétés se sont organisées, de rues dans lesquelles des gens tout à fait semblables à nous se sont rencontrés, ont flâné devant des échoppes, voici 2000 ans et plus. J’aime particulièrement la marque du ciseau de l’artiste ou de l’artisan qui a taillé cette fleur sur cette pierre oubliée. Moutons et chèvres baguenaudent dans les ruines, suivis de leur bergère, scènes pastorales éternelles.

 

On marche sur le dallage de l’agora, passe sous quelque portique encore debout, monte sur la colline entre les tombeaux des ex-notables, par des chemins herbeux, entre les oliviers et orangers.

Puis il y eut une journée de tempête, suivie d’une journée froide et très ventée et nous avons attendu que les éléments se calment.

Patara – Fethyé : 75 km. Route sans difficulté, peu de circulation, grand soleil et ciel bleu. Lors d’une courte pause un vieux berger est venu déposer une orange sur chacun de nos vélos, sans un mot.

 

Les bagages déposés dans l’appartement trouvé près du port nous sommes allés sur la Promenade des Anglais locale. Nous avions encore une fois changé de monde. Fini les petites cités balnéaires désertes en hiver, fini la houle presque océane. La baie de Fethye est si bien protégée qu’on se croirait sur les berges du lac d’Annecy, avec les montagnes enneigées en arrière-plan. Les retraités buvaient un pot aux terrasses des cafés. On se serait presque attendu à voir évoluer des cygnes entre les nombreux bateaux de promenade.

Kayakoy, village grec,  situé à environ 10 km, est un village fantômes qui abrita jusqu’à 3 000 habitants jusqu’en 1923, date à laquelle tous les Grecs d’Asie Mineure durent rentrer en Grèce alors que les Turcs résidant en Grèce durent rentrer en Turquie. Ce mouvement est connu côté grec sous le nom de la Grande Catastrophe, un million de personnes ayant été déplacées.

Le village fantôme de Kayakoy

 

Nous y étions enfin à Fethye, but de notre randonnée turque. Sept semaines pour parcourir 900 km depuis notre retour de Chypre ! (600 km seulement par la route principale pour les gens pressés en voiture) Nous avons pris notre temps, mais ce fut du bon temps. Pourquoi Fethye ? Tout simplement parce qu’en 2014 nous avions suivi la côte du Nord vers le Sud jusqu’ici, depuis Ephèse en passant par Milet, Didime et Priène et que nous désirions connaitre la suite.

 

C’est ici que Dany s’est offert une année supplémentaire et nous fêtions cela, non pas avec un gros gâteau, mais avec une crête au fromage et épinards (Gozleme) au coin du feu.

Préparation des Gozlemes

Pas de bougie sur la gozleme

 

Tout au long de cette promenade hivernale le long de la côte nous avons pu trouver des appartements spacieux et confortables loués à la nuité. Grand luxe !

 

Il ne nous reste plus maintenant qu’à rallier Marmaris, à 130 km, où nous trouverons un ferry pour la Grèce.

 

Mais siga-siga, doucement-doucement…


 

 

Article rédigé à Cirali le 29 décembre 2018

 

 

 

 

 

Depuis notre dernier article, soit il y a deux semaines, nous n’avons avancé que de 160 km le long de la côte, ce qui est bien peu j’en conviens. C’est que nous prenons notre temps ! Et puis quand il pleut, le meilleur moyen de ne pas être mouillé n’est-il pas de rester à l’abri ?

Arrêt pipi dans une station services. A peine descendus de vélos nous nous voyons offrir une tasse de thé. Non seulement deux pompistes servent les clients mais une femme joue son rôle d’hôtesse en s’approchant des véhicules avec du thé chaud sur un plateau. C’est quand même plus sympa que les self-services où on se dégueulasse les mains – et il n’y a jamais de toilettes avec du savon pour se les laver – et avec paiement par carte bancaire dans une machine qui parle.

 

 

Direction Aspendos à quelque 30 km à cause de son théâtre. Et en effet quel choc ! 

Le mur du fond de scène haut de 25 mètres est intact, énorme ! Par derrière s’éparpillent les restes de l’ancienne ville romaine, mais c’est bien pour le théâtre que l’on vient dans ces lieux. Nous y avons  rencontré Diana et Leonardo, deux jeunes Colombiens à vélos partis de chez eux il y a 18 mois. L’Amérique du Sud d’abord, l’Europe depuis mai dernier et la Route de la Soie prévue pour le printemps prochain. (bisinvisa.blogspot.com.co). Pour économiser leurs sous ils campent tous les soirs et j’ai bien pensé à eux en fin de journée quand ce fut une vraie galère pour trouver un hôtel à un prix abordable. Nos jeunes amis avaient planté leur tente au pied des ruines. J’ai bien pensé à eux aussi le matin quand nous sortions les gants pour éviter l’onglée en prenant la route. Le ciel était bien dégagé et la lumière très belle, mais le petit vent du nord que nous avions de face nous gelait. Nous roulions vers les montagnes enneigées juste derrière Antalaya.

 


Contrairement à ce que nous avions envisagé nous n’allions pas vers Antalaya mais vers Pergé, une autre ville romaine construite sous le règne d’Hadrien (2ème siècle). La météo annonçait encore tellement de pluie pour les jours à venir qu’il valait mieux profiter de cette journée de beau temps pour la visiter. C’est un site tout simplement exceptionnel. 

On se promène dans les ruines d’une ville dont on voit très bien le plan. L’avenue principale s’étire sur près de 500 m de long et 22 de large.

Emouvantes les traces d’usure dans le pavage laissées par les roues des chariots il y a près de 2 000 ans. Les murs encore debout tels que ceux de la palestre, les bains publics, les portiques, sont colossaux, montés en blocs taillés énormes. Et si nous, visiteurs du 21ème siècle, apprécions le décor montagneux aperçu entre les colonnes et au bout des avenues, nous réalisions tout de même devant ces pans de murs de 15 mètres de haut que la population romaine vivait entre des murailles énormes et lourdes, pesantes pour le moral sans doute, mais sécurisantes peut-être aussi.

A Pergé serait venu prêcher Saint Paul et cela nous rappelle que la côte lycienne, de Fethye à Antalaya, propose une longue randonnée appelée « le chemin de Saint Paul ».

Dès qu’on s’écarte des stations balnéaires il est difficile, voire impossible, de trouver un hôtel. Si la veille nous avions dû faire 20 km pour revenir vers la mer pour la nuit, il en fut de même ce soir-là. Nous finissions l’étape à Lara, station balnéaire d’Antalaya à 11 km du centre-ville de cette dernière.

 

Nous resterons dans notre appartement d’au moins 50 m2 pendant plusieurs jours. Le réfrigérateur ne fonctionnait pas, il n’y avait pas de plaques de cuisson, mais nous nous organisions. Nous cuisinions sur notre réchaud à essence sur le balcon et avons l’habitude de nous passer de frigo, surtout à cette saison. Le gros atout de notre logis : un bon chauffage. Car si la température ne descendit pas trop – entre 12 et 14° en pleine journée – avec l’humidité ambiante nous étions gelés. Pour aller visiter Antalaya il y a le bus qui nous y mène en une demi-heure. Dans notre quartier vivait une bande de gros chiens errants dont le jeu préféré est de courir après les voitures - et les vélos bien sûr. Nous en verrons également d’autres bandes dans le centre d’Antalaya.

A Antalya on aime bien les chats aussi puisqu’on leur a même bâti des HLM

Le  centre d’Antalaya était très calme vers 11 h du matin. Un boulevard agrémenté de jardins, de places et de belvédères longe la corniche rocheuse qui surplombe le port et la vieille ville. Et toujours des drapeaux turcs dans les rues, les boutiques, aux fenêtres et balcons des appartements, des photos d’Ataturk aux carrefours, dans les bâtiments publics, dans la moindre échoppe. Mao n’était pas plus représenté en Chine.

Des drapeaux partout vous dis-je !

 

Quand nous ressortions du musée archéologique en milieu d’après-midi, c’était beaucoup plus animé et, malgré la pluie imminente, il y avait foule de badauds sur les grands boulevards et aux terrasses des cafés. Pourtant nous avons pris le premier bus pour rentrer dans nos appartements après ces heures d’émerveillement au milieu de la collection incroyable de sculptures provenant pratiquement toutes de la ville de Pergé visitée deux jours plus tôt.

Le dimanche nous tentions une balade dans la vieille ville et le port d’Antalaya mais il faisait froid et très humide.

Nous sommes restés presqu’une semaine à Antalaya, non parce que les lieux nous plaisaient tant que ça, mais parce-qu’il fit un temps de chien et que nous attendions nos chaînes de vélos.

Et enfin, par grand soleil et ciel limpide, nous mettions les voiles plein sud. La traversée d’Antalaya, ville au centre très peu fréquenté par les voitures et très bien desservi  par les bus, se poursuivit par une piste cyclable de plusieurs kilomètres le long de la baie, puis il fallut bien retrouver notre D400. Trois tunnels et nous arrivions à Kemer, cité balnéaire très commerçante. 

A Kemer, lorsqu’on marche vers la mer, on longe une marina pour atteindre une très jolie crique boisée. On est bien dans une cité balnéaire. L’eau y est parait-il à 20°, ce qui permet encore la baignade pour certains. Mais si on tourne le dos à la mer, on se retrouve dans une ville de montagne, avec une paroi abrupte et au sommet bien enneigé puisque le Tahtali culmine à 2 365 m. Pas d’intermédiaire. La haute montagne – la mer, la station de ski – la plage.

A 15 km de Kemer sont les ruines du port romain de Phaselis. C’est un endroit merveilleux, sur une presqu’île. Les vieilles pierres, les restes de  l’aqueduc, du théâtre et de l’avenue reliant le port à l’agora sont désormais cachés dans une pinède d’arbres vénérables. Des deux côtés de cette langue de terre s’arrondissent de belles criques aux eaux paisibles, vierges de toute construction. Il règne dans cet endroit une paix souveraine. Quelques personnes se baignaient, une jeune femme peignait.

40 km seulement mais dure la  côte !

Sur la route un automobiliste s’était arrêté pour nous photographier. Tandis que je le dépassais il me cria «  je suis Allemand et je suis voyageur aussi ! ». Stop ! On se présente. Stéphane, 60 ans,  est parti de Francfort début mai pour rejoindre Jérusalem à pied. Il faisait apparemment un break ce jour-là et avait loué une voiture pour visiter certains sites. Mais son chemin reprendra bientôt et il devra passer par Chypre pour éviter la Syrie et prendre un avion pour Tel Aviv. (www.firstcs.de/blog)

 

 Puis nous plongions sur Cirali. 7 km d’une descente qui fit tout d’abord regretter de nous être aventurés vers ce cul de sac d’où il faudra bien ressortir. La route dégringole au même rythme que le torrent de montagne qui rejoint la mer, au pied de roches grises et griffues, dans une combe froide. Et on débouche dans un immense verger d’agrumes, un village agricole en bord de mer reconverti dans le tourisme. L’ambiance pourrait être horrible, disons pas à notre goût, mais en cette période hivernale la majorité des hôtels-pensions-bungalows-campings sont fermés et comme toutes ces infrastructures sont de petites tailles, entourées de jardins, de platanes et figuiers aux belles couleurs d’automne, d’orangers et citronniers surchargés de fruits, il est plaisant de se promener par les ruelles qui sillonnent le village. Nous sommes tombés sous le charme et nous décidions de passer la fin de l’année sans bouger.

Comme dans tout le pays quand notre hôtesse sert le thé elle utilise un ustensile spécial, le tchaïdang, composé de deux théières qui se superposent. Dans celle du haut il y a du thé très fort et dans celle du dessous de l’eau bouillante. On sert d’abord du thé dans le petit verre puis de l’eau pour le rallonger. 

Sur toutes les cartes un chemin mène de Cirali au site antique d’Olympos. « 3 km » est-il  même précisé sur le beau panneau à l’entrée du village. Et 300 mètres plus loin on se retrouve devant un torrent au débit un peu trop fort pour être traversé à pied. Pas un gué, pas une passerelle. Nous n’étions pas tous seuls à regarder de l’autre côté avec un air dubitatif. Pour aller à Olympos ? Reprendre les vélos, faire 15 km dont 7 d’horrible côte … ? Je crois que nous n’irons pas à Olympos. C’est ballot d’être bloqué à 3 km seulement à pied.

Nous avons déniché un sentier qui évite de traverser la rivière pour rejoindre Olympos, pas très facile mais nous étions prévenus. « C’est un peu dangereux ». Le sentier est plutôt boueux et étroit en surplomb du torrent, c’est vrai, mais arrivés au bord d’un escarpement à franchir par une échelle de fer nous n’avons pas osé continuer. 

 

En marchand vers l’autre extrémité de la plage on tombe sur un petit chantier de radoub où sont remisés les bateaux promenades pour l’hiver. Le dimanche les familles viennent pique-nique dans cet endroit. Pourquoi là ? Parce qu’on peut approcher les voitures jusqu’à la plage et même manger adossé à la carrosserie. La plage s’arrête net, barrée par une paroi rocheuse et si l’on veut continuer la promenade il faut se diriger vers l’intérieur des terres, vers la montagne. Un beau chemin dallé de pierres antiques et aménagé en escaliers commence à grimper dans une pinède. Et au bout d’un kilomètre de montée on débouche sur une plateforme rocheuse percée de « chimères » ou bouches de feu. Les flammes s’échappent des poches de gaz contenues dans la pierre qui, par ces failles, rencontrent l’oxygène et s’enflamment. La légende raconte qu’ici Bellérophon tenta de tuer la Chimère, bête immonde à tête de lion, corps de chèvre et queue de serpent. Il la manqua puisqu’elle se réfugia sous terre et continue à cracher du feu. Mais surtout ce serait ici que fut allumée la première flamme olympique pour célébrer les jeux d’Olympos (celui de l’autre côté du torrent) bien avant les jeux olympiques du Péloponnèse. Quelques pierres taillées témoignent de l’existence d’un temple dédié à Héphaïstos et les restes d’une chapelle byzantine portent encore des traces de fresques. L’endroit est assez magique même si je supporte décidément mal les déchets, bouteilles de verre, cannettes, paquets de cigarettes etc. laissés par les promeneurs.

De notre fenêtre, alors que le jour commençait à décliner, je vis des gens s’affairer autour d’un grand arbre au feuillage très sombre. L’un d’entre eux tentait de récupérer quelque chose dans les branches d’en haut à l’aide d’une épuisette. Comme il n’y a pas de singe dans la région j’ai pensé qu’il s’agissait d’un chat. Ma curiosité me fit sortir et m’approcher. Une femme tendait une étoffe pour amortir la chute de la chose qui allait tomber. Au sol il y avait un sac de toile plein. Un coup d’œil. Il s’agissait de très gros avocats noirs, presque Bleu de Prusse. Satisfaite je repartais déjà quand un homme me rappela pour m’offrir deux de ces fruits. « A garder 5 ou 6 jours avant de les consommer ». Je n’avais jamais vu un avocatier aussi haut et donnant des fruits aussi gros.

 

Nous nous sommes enfin décidés à traverser le torrent en pataugeant dans l’eau froide pour aller voir le site antique d’Olympos. (pas de photo, déjà assez casse gueule comme ça) Le site n’est pas grandiose mais situé dans une gorge qui descend vers la mer. On se promène dans un village en ruines qui pourrait aussi bien dater d’il y a deux cents ans à peine. Mais il est vrai que nous ne parviendrons pas jusqu’au théâtre situé de l’autre côté d’une rivière qu’il fallait encore traverser pieds nus. Zut !

Pour revenir vers Cirali nous avons opté pour le sentier avec l’échelle qui ne nous inspirait pas l’autre jour, mais la monter nous impressionna moins que devoir la descendre

Il y avait cette après-midi réunion de femmes sous notre fenêtre. Elles s’affairaient à la fabrication des gozlèmes – ou crêpes turques. La pâte était modelée en boules bien régulières par quelques-unes, puis étalée, étirée le plus finement possible à l’aide d’une longue baguette par une autre femme  et enfin la crêpe ainsi obtenue, fine comme du papier à cigarette, cuite sur une plaque au-dessus d’un feu de bois par notre logeuse.

Comme nous étions rentrés de promenade juste au bon moment, nous avons eu droit à une délicieuse crêpe fourrée d’herbes et de fromage.

 

Le temps n’est pas vilain mais les températures ont bien baissé (entre 7 et 14 degrés) et le vent du Nord n’est pas agréable. Nous lisons, dessinons, faisons des petites promenades sur la plage.

C’est décidé nous ne quitterons cet endroit que l’année prochaine.  Au fait le Père Noël est passé : il nous a apporté une chaine de vélo neuve chacun.



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