Le nomade freine la course des heures... il change le sable du sablier en poudre d'escampette

(Sylvain Tesson)

 

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Article rédigé le 19 mai 2018 à Osaka

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous vous avions donc laissés il y a une vingtaine de jours dans un camping en bordure de rivière.

 

Une belle balade le long de la Shimanto River qui faillit bien commencer sous la pluie mais le ciel ne fut que menaçant par moment. Les méandres de la rivière, que la route principale ignore par des tunnels, nous furent offerts par des vicinales minuscules traversant des forêts de bambous, des hameaux agricoles, des petites plantations de thé. Un régal. Au sujet du thé d'ailleurs nous n'en avons pas beaucoup bu. Quant à la Cérémonie du Thé, avec le décors adéquat et les gestes rituels, cela coûte un bras. Donc, vive le Nescafé.

Nous déjeunions sur une aire de repos. Trois préposés faisaient le service d’ordre sur le parking. Nous arrivions par la sortie. Il nous fut immédiatement demandé par gestes de ressortir et de faire le tour. D’humeur joyeuse nous éclations de rire et passions tout de même. Du coup le second préposé fit arrêter les voitures qui avançaient au pas à la recherche d’une place et, sans dévier ni nous presser outre mesure, nous allions nous garer entre les Harley et Yamaha de même gabarit. Je me sentais un peu coupable du possible désarroi et peut-être de la dépression nerveuse des gardiens du parking.

En ces journées de vacances étaient sorties les grosses bécanes et curieusement il y avait bien plus de Harley que de marques nationales.

 

Le camping visé pour terminer cette belle journée s’avéra n’être pas situé là où nous l’attendions. En fait nous l’avions dépassé d’une dizaine de kilomètres. Guère envie de faire demi-tour. Nous commencions par boire un café sur une aire de repos (il y en a tous les 10 km sur cette route) au-dessus de la rivière, profiter des toilettes pour nous laver, puis montions sur une terrasse où nous découvrions un terrain de sports et loisirs avec tables, bancs et tonnelles. Sur l’estrade qui doit servir de scènes lors de spectacles nous dressions dès la nuit tombée la tente à l’abri du vent, de la pluie et de la rosée.

A Shimanto nous allions jusqu’au temple. Il y avait là quelques pèlerins, tous en blanc, certains pleins de grelots, à décourager toute compagnie pendant la marche, d’autres oreillettes et  téléphone branchés, faisant les gestes rituels de façon à notre avis un peu bâclée et machinale, mais nous ne sommes pas experts en shintoïsme.

 Les pèlerins, nous les retrouverons sur l’aire de repos routier à la sortie de cette ville triste et sans intérêt. Font-ils le vœu de silence ? Ils semblent s’ignorer les uns les autres et ne se regroupent pas pour bavarder.

La météo annonçait pour le lendemain encore une journée diluvienne. N’ayant pas trouvé de chambre d’hôtel dans le coin pendant cette Golden Week nous prenions une route qui devait nous mener 20 km plus loin en pleine montagne et forêt (Rain Forest en l’occurrence) où nous trouverions un onzen (établissement thermal) et un camping. Le camping s’avéra un peu crado, le terrain tapissé de cailloux mais nous savions que nous pourrions rester plus facilement deux nuits et la journée entière qu’en bivouaquant dans un jardin public. Il n’y avait bien sûr que des toilettes à peine décentes, à la turque et sans chasse d’eau, et des éviers bouchés par de l’eau stagnante dégueulasse. Les campings japonais sont une vraie honte et les toilettes publiques en ville sont bien plus propres et confortables. En outre nous nous étions fourrés dans un vrai trou en bordure de rivière et surmontée de montagnes très vertes. Nous allions vite baigner dans l’humidité.

 

Il plut « des  chats et des chiens » comme disent les Anglais ou « comme  vache qui pisse » selon la formule beaucoup plus poétique des Français, 24 heures d’affilé. J’avais imaginé passer une partie de la journée douillettement dans l’établissement thermal tout près de là mais impossible de mettre le nez hors de la tente sans être rincé en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Il fallut bien toutefois, l’inondation se faisant menaçante, sortir dans le milieu de l’après-midi pour déménager le campement à l’abri sous le kiosque à moins de cinq mètres. Et si nous n’étions pas vraiment au sec, l’humidité ambiante étant de 100%, nous n’étions pas plus mouillés, ce qui était déjà bien.

A 5h du matin, avec le lever du jour, un grand vent commença à souffler. A 5h45 un abruti vint garer son fourgon tout près de notre kiosque et se mit à parler très fort avec le jeune campeur, notre voisin, déjà debout bien sûr à cette heure tardive pour un Japonais. Nous nous levions donc. Pendant deux heures et demie, le temps que nous déjeunions et rangions nos affaires, tentions de faire sécher bâche et toile de tente, ce bavard n’a pas arrêté, tout en préparant son vélo pour une petite virée. Nous étions prêts à prendre la route avant lui.

 

La route, ce matin-là, malgré les grands coups de vent frisquets, fut  bien jolie. Parfois tellement étroite qu’un vélo aurait difficilement croisé une voiture, que nous ne rencontrions pas, elle suivait une petite rivière de montagne en serpentant entre exploitations d’épicéas et les bambous.

Puis, après une vingtaine de kilomètres de faux plat très doux, elle dégringola vers la mer en pente raide pendant 7 à 8 km et nous étions bien contents de l’avoir prise dans le bon sens.

Un superbe endroit pour camper sur une plage se présenta juste après déjeuner. C’était un peu tôt. Mais après, en arrivant sur Suzaki, encore un de ces ports industriels moches comme tout, ce fut la galère pour trouver un emplacement. 

Cathédrale des temps modernes

 

Alors que nous étions prêts à rallonger l’étape d’une vingtaine de kilomètres vers un hypothétique parc indiqué sur la carte, un terrain de sport sous un autopont apparut. Des vieux assis papotaient et un groupe de jeunes s’y ébattaient. A l’aide de Google Traduction je demandais si la grille serait fermée la nuit et si l’on pouvait camper. Sans le savoir j’étais tombée sur le gardien du terrain qui nous dit que, oui nous pouvions camper et qu’un portillon restait ouvert. Il y avait des toilettes à notre disposition. A 18 h nous demeurions seuls avec les grillons et les grenouilles, pas trop importunés par la circulation d’autant que nous nous étions installés le plus loin possible de la route.

Puis ce fut une journée de grand vent. Nous suivions une route de crête qui traversait une péninsule avec des côtes abruptes et des descentes trop courtes.

 Alors que nous passions un pont le vent fou nous cueillit et nous luttions ferme en poussant les vélos. Nous avions faim et avions un coup de barre. Le Family Mart du patelin proposait carrément une salle de restaurant pour manger les plats préparés ou bento. C’était le repos des pèlerins. Ils étaient nombreux à y faire halte, mais encore une fois sans jamais se regrouper ni se parler. Depuis le matin d’ailleurs, sur cette route 47, nous en avions croisé plusieurs et nous les plaignions de devoir marcher sur le goudron, au bord de cette route fréquentée. Sur un parking où nous avions profité des sanitaires pour nous laver, un jeune Danois, avec tout l’attirail du pèlerin de Shikoku (bâton, chapeau conique, veste blanche) était venu nous parler. Il marchait depuis deux semaines et encore pour deux semaines et n’avait guère d’échanges qu’avec les autres pèlerins étrangers, pour la raison principale que les Japonais, même jeunes, parlent rarement une autre langue que le Japonais. Le parcours de 1 400 km pour visiter les 88 temples et obtenir un tampon dans chacun d’entre eux sur son carnet, l’équivalent de la crédencial du St Jacques, se fait à 90% sur des routes. Il me montra un guide avec le tracé, les lieux où dormir – chambres d’hôtes ou dortoirs à réserver par téléphone (et se posent encore le problème de la langue) - et les emplacements des supermarchés pour s’approvisionner.

Après une bonne heure de repos nous hésitions. Aller jusqu’à Kochi ? Nous arrêter ici ? Le vent était toujours aussi fort. Il y avait beaucoup de circulation sur la route. Tout était sorti ce jour férié : les motos, les bagnoles de sport, les familles en vacances et même, même, quelques camping-cars. Un parc au bout du port eut raison de notre courage. Nous sortions nos petits sièges, nous installions en plein soleil à l’abri du vent et passions le reste de l’après-midi à regarder les pêcheurs à la ligne et à lire.

La nuit allait être mouvementée. Alors qu’habituellement il n’y a plus un chat dehors dès 7h du soir, les derniers pêcheurs à la ligne ne partirent que vers 10h. Puis il y eut des promeneurs nocturnes qui baladaient leurs lampes de poche sur la tente. Puis des motards qui passèrent et repassèrent bruyamment, ayant juré d’emmerder le bourgeois cette nuit-là. Les Japonais auraient-ils la permission de minuit le 4 mai ?

Attention, tsunami

 

Deux jours de pluie étant annoncées nous décidions de ne pas nous aventurer en montagne comme prévu mais de réserver deux nuits d’hôtel. En attendant nous nous arrêtions au port de Kochi, une étape de 15 km seulement.

Pique nique du dimanche à Kochi

Le parc public de Kochi en bord de mer permet le camping gratuitement pour une semaine maximum. Nous y arrivions par un pont très haut, aux trottoirs si étroits qu’inutilisables et étions obligés de pousser les vélos sur la chaussée avec une circulation dense. Situation complètement crétine, surtout que nous apprendrons par la suite qu’un peu plus loin un ferry gratuit permet le passage des piétons et vélos.

Après-midi passée à lire au soleil. Dans la soirée un jeune couple de Tchèques voyageant en stop vint planter la tente près de nous. C’était leur deuxième séjour de cinq semaines au Japon. Eux non plus n’avaient pas beaucoup d’échanges avec leurs hôtes couchsurfing. Nous apprenions par ailleurs qu’il est extrêmement impoli de regarder quelqu’un en face au Japon et aucun Japonais ne se le permettrait. Encore une barrière pour protéger sa vie privée : un masque sur le visage (soi-disant pour des raisons d’hygiène), des visières intégrales noires masquant complètement le visage -très à la mode-, des maisons fermées, des fenêtres obturées… Nous avions remarqué aussi que très peu de gens téléphonent dans la rue, peut-être parce que la vie privée ne regarde personne.

Une Française résidant au Japon vint à passer dans le camping. Et nous parlions du beau temps et de la pluie. De la pluie surtout qui, en juin, tombe parait-il sur le pays de façon très abondante avec des températures de 35-40°. Inutile de penser alors à camper dans des parcs immergés sous un mètre d’eau. Nous pensons du coup raccourcir notre séjour.

Oùc’qu’on est ?

 

Le dimanche est jour de marché le long de l’avenue principale de Kochi. Nous commencions par faire un tour au château, de construction typiquement japonaise comme tous ceux déjà vus. 

Puis le long des stands du marché, très peu alimentaires, et finissions dans les rues couvertes du centre-ville vouées uniquement au shopping.

La pluie commença à tomber dès 14h le dimanche et n’arrêta plus jusqu’au mercredi matin. Contrairement à l’usage l’hôtelier nous donna la clef de la chambre avant l’heure officielle du check-in – 15h. Et nous nous mettions au boulot : douche, lessive, courrier, Skype avec nos proches, itinéraires des jours suivants, tri des photos… Nous commencions également à regarder les dates de départ des bateaux pour la Corée. Nous ne remettions le nez dehors que le lundi midi pour aller, avec capes et parapluies, jusqu’au Horime Market, une sorte de halle pleine de stands de nourriture où nous trouvions un peu d’exotisme chez un Indien avec un thali et un poulet biryani.

 

Il plut 44 heures d’affilé. Puis le soleil s’est levé, à déchiré les cieux et le vent s’est chargé du reste de la besogne. Un vent fort et froid. Un Mistral quoi ! Partis de bonne heure de l’hôtel nous devions être vigilants avec la circulation dense en début de journée et les rafales qui nous bousculaient. Il fallut même mettre plusieurs fois pieds à terre pour ne pas être déséquilibrés. Nous n’aimons pas le vent, comme tout cycliste, mais le préférons tout de même à la pluie. Au moins peut-on essayer de lutter, d’avancer un peu quand même. Puis il y eut un tunnel étroit et sombre que nous évitions par une jolie petite route et, à la sortie de ce tunnel nous déjeunions dans une sorte de restaurant d’une soupe de nouilles que nous qualifions de « soupe cantoche » mais qui était peut-être une spécialité gastronomique régionale.

Ça grimpe sévèrement

 

Il restait un peu plus de 5 km jusqu’au camping présumé quand la pente fut si raide que pousser les vélos si longtemps ne nous parut pas raisonnable avec déjà 60 km dans les pattes. Nous avisions un tout petit carré d’herbe près d’un terrain de sports, en contrebas de la route. Ce serait là notre bivouac du jour. Le soleil passa derrière les montagnes et tout de suite il fit froid. Nous n’étions pourtant qu’à 400 mètres d’altitude, mais dans une vallée très encaissée surmontée de sommets à 1000 mètres et plus.

Et ça descend raide

 

Nous passions un tunnel puis une descente raide comme un mur pour atteindre la vallée de l’Iya.

Un beau pont de lianes et de bambous attire les foules dans cette gorge.

 Et il y a tout pour les accueillir : un immense parking sur des pilotis en béton au-dessus de la rivière, des magasins de souvenirs, restaurants, etc. On peut payer pour  passer sur le pont et c’est le fun assuré. 

Mais heureusement nous y étions un jour creux.

 

Nous quittions les lieux après une soupe de nouilles à la mode du coin –  « spécialité régionale » là aussi – meilleure que celle de la veille et surtout accompagnée d’un bol de riz. Soupe de nouilles + riz ? Originale idée de menu…

L’ancienne route 32, très étroite et sinueuse, nous fit suivre les gorges impressionnantes de la rivière. 17 km de grand spectacle et presque de solitude avec une lumière superbe. 

Une belle promenade vraiment qui se termina dans la vallée de la Yoshita, axe routier et ferroviaire entre la côte ouest et la côte est de l’ile de Shikoku.

Au bord de cette rivière encombrée d’un chaos de roches étaient aménagées quelques parcelles pour le camping, un bloc sanitaire et des points d’eau. Nous y arrivions juste au moment où le soleil passait derrière les montagnes.

Notre voisin de camping était intéressé par nos vélos. Il nous montra des photos des deux vélos carénés qu’il avait fabriqués. Le prochain serait un vélo couché.

 

Nous avions cherché le moyen de rallier le port de Katamatsu par la route la moins fréquentée et la moins difficile car il nous fallait traverser un massif montagneux. Notre option s’avéra bonne même si nous allions faire un peu plus de kilomètres. Nous roulions tranquillement dans ces paysages boisés et sans surprise, ou presque. 

Aire de repos intitulée par Daniel « Le costaud des Batignolles »

La journée allait se terminer sur les rives d’une retenue d’eau signalées comme parc mais, comme beaucoup d’autres endroits du même genre, laissées à l’abandon. 

Nous profitions de cette soirée fraiche mais encore ensoleillée, sachant qu’une fois de plus il allait falloir subir deux jours de pluie. Nuit rythmée par le chant des crapauds buffles.

 

3 km de campagne. C’est tout ce qui nous restait à parcourir avant de nous retrouver en zone urbanisée. A 10h nous faisions la pause dans un jardin de la ville de Takamatsu. A midi nous avions enfin trouvé le Terminal Ferry pour Kobe, bien excentré et nullement signalé. Billets en poche pour un voyage de nuit nous retournions vers le port, la digue, les restes insignifiants du château. Il allait falloir tuer le temps jusqu’à 1h du matin.

Pas de matelas ni futon ni douches dans ce ferry. Mais des estrades moquettées où chacun s’allonge tant bien que mal à même le sol, la veste sous la tête en guise d’oreiller. Il est vrai que la nuit n’allait durer que quatre heures. Le bateau entra au petit jour, sous un ciel menaçant, dans un port gris béton.

Nous petit-déjeunions dans la salle d’attente puis attendions 8h pour en sortir. Il pleuvait bien sûr. Les vélos attachés et bâchés, nous partions à pied vers le centre-ville. Kobe a été en partie détruite par le tremblement de terre de 1995 qui ne fit pas moins de 6 000 morts. L’avenue centrale est bien ombragée et fleurie. Pas besoin de système d’arrosage dans ce pays, c’est gratuit, automatique et naturel.

La plupart des magasins étaient encore fermés. Devant le hall de jeux vidéo et machines à sous des clients attendaient l’ouverture. Nous trouvions refuge dans un 7/11 avec un café. La Moto Machi est une rue couverte commerçante d’environ 1 km de long. Elle n’avait pour nous d’autre intérêt que d’être couverte justement. Mais vu la foule de promeneurs et quelques groupes de touristes, le shopping ou tout au moins le lèche vitrine est une occupation très prisée. Nous nous laissions avoir comme tout le monde également par le pseudo quartier chinois et ses restaurants où on mange bien moins chinois que dans le 13ème à Paris. C’est cher et pas bon mais malgré la pluie torrentielle les badauds étaient appelés à grands cris par les restaurateurs.

Rue du quartier pseudo chinois de Kobe

Enfin il était temps d’aller rechercher nos affaires au port. La pluie ruisselait sur les trottoirs, formait de vraies mares dans les rues. Nous jugions plus prudent de pousser les vélos plutôt que rouler sur le sol glissant et avec des freins rendus totalement inefficaces. Nous poussions donc sur 3 km de trottoirs en ville sous cette pluie battante pour arriver en faisant floc floc dans les chaussures à l’hôtel. Le déluge ne dura, cette fois-ci, que 16 heures d’affilé.

Grand soleil le lendemain dès 6 h du matin. C’est à se demander ce qui s’était passé la veille.

Arrivée sur Osaka

 

Le GPS nous conduisit de Kobe à Osaka (40 km) uniquement par des rues et des boulevards de banlieue, avec certes des feux tricolores tous les cents ou deux cents mètres, mais très peu de circulation. Ce fut long mais nous évitions complètement les routes à camions redoutées. 

 

 

 

Si le trafic est intense sur les routes en revanche il est très fluide dans les grandes villes. Il est vrai qu’il est interdit de se garer dans les rues et que les parkings obligatoires sont plutôt chers.

Dans cette énorme zone urbaine (Kobe-Osaka-Kyoto) le quidam se déplace beaucoup à vélo, pour aller faire ses courses sur de vieux biclous, aller chercher les enfants à l’école sur des vélos électriques équipés d’un siège enfant à l’arrière et un à l’avant, se rendre au travail sur un mini-vélo à toutes petites roues.

 

Les vélos électriques des mamans

La chambre réservée ne faisait que 6m2, nous le savions. Mais tout de même que les murs sont proches dans un espace de 6m2 ! Nous espérions y rester peu, comptant sur un bateau pour la Corée dans les trois jours mais ledit bateau étant plein nous voici bloqués là pour presque une semaine. Nous allons donc prendre nos repères et faire un peu de tourisme.

L’hôtel est situé dans le quartier central où sont tous les autres hôtels de cette catégorie mais la population observée dans la rue n’est plus la même que celle des petites bourgades d’1 million d’habitants seulement traversées jusqu’à maintenant. Des pauvres, des paumés, des abrutis d’alcool, on en voit à Osaka. Dès 18 h des bars réunissent au comptoir des consommateurs, masculins pour la plupart, autour de grands verres de bière et d’amuse-gueule. Un quartier de restaurants, assez vulgaire à mon goût, propose les mêmes plats que dans les Kombini mais deux fois plus chers.

Nous trouverons notre repas de chaque soir au rayon très fourni du supermarché du coin pour 2 à 3€ par personne. Il faut dire que la clientèle d’habitués n’a pas l’air de rouler sur l’or. D’ailleurs ici, question de rouler, cela ne se fait plus sur des vélos électriques ou mini vélos derniers modèles, mais sur de vieux biclous un peu déglingués. (Les nôtres sont bâchés dans la cour de l’hôtel)

 

Nous commencions par visiter le Musée des Beaux-Arts d’Osaka où nous nous ennuyons copieusement mais certes pas longtemps vu le peu d’œuvres exposées. Puis quelques temples et un jardin.

Ensuite, Kyoto n’étant qu’à ¾ d’heure de train, nous allions visiter cette ancienne capitale du Japon. Des temples en veux-tu en voilà, certains très beaux, d’autres surtout bien vendus par les photos de l’Office du Tourisme, mais que de monde ! Quelle foire !

Le Fushimi temple et ses mille toriis vermillon payés par des particuliers ou des firmes dont les noms sont gravés sur les colonnes. Une sorte de pub finalement ou bien peut-être un appel : « priez pour mes sous».

Promenade dans une « forêt » de bambous. Ne croyez pas pour autant que nous ayons été seuls à nous perdre dans la végétation. Non. Nous étions dans une unique allée noire de monde, mais c’était bien beau tout de même et  le photographe sait cadrer…

Moi qui cherchait désespérément des jardins zen à tous les coins de rue depuis notre arrivée au Japon, j’en ai enfin vu un. Il y avait très peu de monde et nous avons pu nous y assoir au calme, plus pour dessiner que pour méditer, soyons francs. Chaque rocher, chaque élément est un symbole mais j’ai très mal retenu la leçon.

Les rickshaws ne sont plus proposés qu’aux touristes. Les muscles des gars sont éloquents. Je me souviens que Pierre Loti avait été très impressionné par ces gars qui courent en tirant la voiture – à son époque pour une misère – et ce serait peut-être bien le moment de relire Madame Chrysanthème. (Je peux vous l’envoyer pour votre liseuse si vous le désirez)

Promenade à Nara, une autre ancienne capitale, où un quartier de maisons traditionnelles a été restauré et  nous y étions seuls. Ouf!

Dans quelques jours nous quitterons donc le Pays du Soleil Levant pour celui du Matin Calme.

Nos ressentis concernant le Japon où nous aurons passé un peu plus de deux mois et parcouru 2 000 km :

 - Ripolin y ferait faillite  d’après Dany. Les maisons sont grises, les rideaux sont gris, les gens sont gris.

Sur un quai de métro la foule des travailleurs en costume

 

- Nous avons roulé dans des villes sans centre, des alignements de maisons et immeubles tous semblables, sur des kilomètres de rues vides de piétons, et en l'occurence d'automobilistes aussi.

- les pistes cyclables ne sont bien souvent que des trottoirs défoncés et pas entretenus. Sont-elles là pour protéger le cycliste ou pour l’évincer de la route et de son goudron bien lisse ?

 

- Nous avons vu les grues du Japon. Des centaines et pas forcément cendrées, ces dernières étant migratrices et les premières sédentaires.

Les grues du Japon

- Bien sûr on se sent dans ce pays formidablement en confiance, sans crainte de vol ni  d’agression

- bien sûr c’est le paradis du campeur puisqu’on peut planter sa tente quasiment n’importe où

-bien sûr, les Japonais sont calmes et les nuits sont très silencieuses ce que nous, pas noctambules pour deux sous, avons beaucoup apprécié

- bien sûr on peut s’y nourrir pour pas cher, des plats préparés très corrects étant en vente dans tous les supermarchés à partir de 3 ou 4 €

-  et le confort des toilettes … ! (mais j’en ai déjà longuement parlé)

 

 

- bien sûr d’une façon générale les Japonais sont gentils. Certains nous ont même offert qui un paquet de gâteaux, qui un fruit ou un café. Mais la Terre entière est peuplée de braves gens.

Mais il  est temps de quitter le Japon. Nous ne supportons plus la petite voie idiote qui parle, toujours sur le même ton, quand on entre dans un ascenseur, dans un magasin, quand on touche n’importe quel bouton, quand on traverse aux feux, quand un camion met son clignotant, partout, tout le temps. L’un d’entre nous va finir par lui tordre le cou. Nicolas Bouviers déjà, dans les années 60-70 n’en pouvait plus de ces machines parlantes qui l’avaient poursuivi jusqu’au sommet du Fuji (cf. Chroniques japonaises). Le journaliste Tiziano Terzani avait fait une dépression nerveuse pendant son séjour au Japon mais je ne sais plus si c’est pour cette raison (voir « Le grand voyage de la vie » de Terzani)

Pour conclure,

-         Au Japon, nous nous sommes ennuyés.

 

C’est un pays triste, le plus triste de tous les pays d’Asie que nous avons visité jusqu’à maintenant,  et nous ne comprenons pas l’engouement des voyageurs – et même des copains cyclos (qu’ils ne nous en veuillent pas) – pour ce pays. Nous avons dû passer à côté.

Une photo en prime pour finir :  

une bande d’affamés



Article rédigé à Kochi (ile de Shikoku) le 6 mai 2018

 

 

 

 

 

 

Hiroshima,

No comment. Depuis on peut faire beaucoup plus fort. 

A la place des ruines ont poussé des jardins.

Après la saison des cerisiers en fleurs, voici celle des rhododendrons et des glycines. Et ça sent bigrement bon !

La spécialité culinaire de la ville est une sorte de crêpe qui recouvre un amalgame de nouilles, herbes, tranches de lard et œuf cuit sur une plancha. L’Okonomyaki, pas très gouteux, mais bien calant. Le « village de l’okonomyaki » n’est pas, comme je l’imaginais, un quartier avec des ruelles bordées de stands, mais un immeuble avec des comptoirs et des tabourets dans les étages.

Vers 8h du matin, sur les trottoirs de la ville, les gens d’Hiroshima vont travailler, à pied, à vélo, ou en train. Comme partout au Japon, écoliers ou employés de bureau, hommes ou femmes, sont tous costumés de noir. Cela fait, avec leurs visages lisses, sans expression, une foule d’humanoïdes un peu attristante.

Tout au long de cette côte, et même ensuite sur l'ile de Shikoku, nous longerons de gros chantiers navals.

Dans le parc d’Ato, en fin de journée des petites dames font plusieurs fois le tour, deux par deux, du terrain de baseball, histoire de faire un peu d’exercice. Je me demandais si elles avaient des podomètres. Il y avait un homme aussi, une serviette blanche à la main – sans doute pour éponger sa sueur pendant l’exercice -  mais qui, contrairement aux femmes, inventait des variantes telles que passer au plus près de nos vélos, et même commencer le tour du terrain en marche arrière, mais à la moitié, trouvant sans doute l’exercice trop casse-gueule, il reprit la marcha avant. Enfin, tout ce petit monde tourna une bonne heure, jusqu’à ce qu’à 19 h pile les réverbères s’allument, signal pour eux de rentrer dans leurs pénates et pour nous de monter la tente. Au lever du jour, à 5h, le premier joggeur arriva. A 7h un homme vint s’entraîner, seul, au croquet, avant l’arrivée des autres membres du club à 8h. La grass'mat' n'est pas bien vue au Pays du Soleil Levant.

Joueurs de croquets

 

Les Japonais jouent beaucoup au golf, à tel point qu’il y a des terrains et des practices même au cœur des villes. Mais les golfeurs sont mis en cage, très hautes cages !

Nous finissions l’après-midi au soleil sur une plage devant une mer parsemée d’ilots verdoyants sur la plage de Sunami.

Mais que se passait-il par ici ? Voilà qu’on nous disait bonjour, qu’on nous faisait des sourires ! Nous avons même reçu quelques signes amicaux de cyclistes. Etions-nous arrivés au Sud de quelque part ?

Le soleil frappait déjà la tente à 6h du matin. Petit déjeuner dehors, face à la mer. Super !

 

C’est à Onomishi que commence un parcours cycliste réputé de 70 km, franchissant 7 ponts suspendus impressionnants. 

Tandis que nous prenions notre café au soleil nous assistions à la préparation d’un groupe pour une sortie cyclotouriste. La plupart des femmes étaient masquées jusqu’aux yeux. Pas de short, ni de manches courtes. Pas une parcelle de peau ne prendrait le soleil et elles pourraient garder leur teint de lait car ici la mode n’est pas au bronzage. L’organisateur réunit tout son monde – une quinzaine de participants – pour leur donner, au micro, les instructions indispensables. Ça devait donner quelque chose comme ceci : « Ici, ce sont les pédales. On y pose les pieds, pas les mains sinon ça s’appellerait des mandales, et ça serait que dalle… » En fait, je n’ai peut-être pas bien compris car tout était dit en Japonais, langue que je ne maitrise pas encore parfaitement. Mais il continua sur ce ton et tout le monde d’approuver avec des courbettes bien orchestrées. Puis il leur fit répéter des mouvements de gymnastique et d’étirements que nous ferions bien de suivre mais je n’ai pas compris s’il fallait les faire avant de monter sur le vélo, à la fin de l’étape ou à chaque carrefour et feux rouges.

Et c’est ainsi que l’on doit garer les vélos

Mais certains ne sont même pas caps

Nous reverrons ce groupe un peu plus loin alors que nous pique niquons à l’ombre. Un organisateur arriva en tête, sauta de vélo et stoppa une circulation inexistante pour faire passer, avec des grands gestes de flic, le gros de la troupe encouragée par sa collègue au micro.

Nos journées commencent très tôt. A 5 h nous sommes réveillés par le jour et les corbeaux. Pas de mouettes ici. Le Japon restera pour nous le pays des corbeaux qui, bizarrement, ne sont pas enroués. Nous trainons un peu dans les duvets jusqu’à une heure décente pour se lever, celle annoncée au haut-parleur municipal – 6h – et, à moins qu’il ne pleuve, debout ! Depuis deux jours petit déjeuner dehors au soleil mais d’habitude il est pris dans la tente, les températures étant plutôt fraiches. Le rangement de tout notre barda et une petite toilette prennent une bonne heure. On pourrait faire plus vite, mais pour quoi faire ? Il est encore si tôt. Le soir, eh bien, une fois notre lieu de bivouac trouvé, nous attendons que les rues se vident, ce qui ne tarde pas après 17h. A 18h nous mangeons notre soupe instantanée quotidienne puis nous montons la tente avant qu’il ne fasse nuit noire, c’est-à-dire à 19 h, et on s’enferme avec les liseuses. Entre temps, c’est-à-dire pendant notre période active, jusqu’à maintenant et à quelques exceptions près, nous n’avons fait que rouler sur des trottoirs, dans le bruit de la circulation, fait des courses et acheter nos barquettes de midi, ce qui nous fait rencontrer les caissières des supermarchés, traversé des bourgades toutes semblables et tristes.

Mais depuis que nous sommes dans les iles, et surtout depuis que le temps est au beau – ce qui ne saurait durer – on dirait que les choses changent quelque peu.

 

 

Donc, ce jour-là, petit déjeuner puis farniente au soleil sur la plage. En face les énormes chantiers dont nous parviennent les bruits et les odeurs de fuel. Malgré ou à cause de cela, nous rêvons aux iles grecques.

La plage et les chantiers

 

 

D’où vient que, assis sous les pins, lorsque les cigales se mettent à crisser, nous nous demandons où est le système optique déclencheur de sons, comme dans les toilettes, aux feux rouges, devant les étals de supermarché, etc. ?

Au pied du Tatara bridge une grande aire de repos très aménagée en bord de mer nous tendait les bras. Terrasse, chaises et tables, toilettes, un hall commerçant bien sûr et un restaurant – qui lui ne propose absolument pas de manger dehors – ouvert de 11h à 16h. Après un petit tour au terrain de camping voisin payant qui offrait moins de confort nous décidions de passer la nuit là. Nous n’y serions pas seuls. Un marcheur monta sa tente sur une table dès la fermeture des boutiques.  Quand le shopping n’est plus possible, les Japonais rentrent chez eux.

Encore un pont. Encore une ile dont nous faisions le tour. Des kilomètres pour rien. Strictement rien d’intéressant à voir.

Et nous arrivions au pied du dernier pont, celui qui, en une enjambée de 4 km devait nous déposer enfin sur Shikoku, avec les premières gouttes de pluie.

Shikoku est réputée pour son pèlerinage, de temple en temple (88 en tout), qui doit se faire à pied. Nous commencions à voir quelques pèlerins et ce soir là l’un d’eux montera sa tente à l’abri sous un grand barnum que n’avions pas osé investir. Tant pis pour nous. Nous serons mouillés.

 

Les Asiatiques n’aiment pas perdre la face, c’est bien connu. Première condition, ne surtout pas affirmer ce dont on n’est pas sûr. Et les météorologues japonais l’ont bien compris. S’ils vous disent qu’il pleuvra demain à partir de 2 h du matin, il pleuvra à 2h du matin – pas 1h30 ou 2h 15. Vous pourrez vérifier. Et s’ils prédisent une éclaircie entre 7 et 8, ils savent ce qu’ils disent. Et les couillons ce sont ceux qui attendront 8h15 pour replier la tente, sous la pluie. Par contre, pour ce qui est du temps dans deux jours, ils affichent qu’ils ne peuvent pas prévoir avec précision, contrairement à certains de nos services météorologiques qui vous annoncent le temps, la force du vent et la pluviométrie heure par heure pour dans trois semaines et que nous sommes assez bêtes pour consulter quand même, comme l’horoscope.

La pluie. Encore ! D’abord fine avant de devenir lourde et pénétrante. Nous passions le dernier pont et n’en voyons littéralement pas le bout plongé dans les nuages qui eux-mêmes étaient à ras de terre.

A chaque extrémité de pont est une aire de repos, location de vélos et boutique de souvenirs, restaurant et office du tourisme. Ce dernier nous parut si confortable avec ses fauteuils et sa grande baie vitrée que nous nous y installions un bon moment. Café, dessin… 

Poulpe séchés en vente sous plastique

 

Un couple de Français avec deux gamines, en vacances pour deux semaines au Japon, s’apprêtait à partir sur des vélos de location pour le parcours des 7 ponts. Ça fait partie des programmes « découvertes du Japon ». Je les voyais mal partis et pas bien arrivés avec leurs petits blousons et leurs baskets par ce déluge.

Nous repartions nous aussi, bâchés des pieds à la tête, vers Imabari centre-ville pour y déjeuner. Plus d’une heure nous avons tourné, viré, dans cette ville déserte et détrempée à la recherche d’un restaurant ou snack ouvert pour finir enfin vers 14 h dans une supérette qui proposait trois sièges à ses clients. Il restait 17 km pour arriver chez  notre hôte qui ne pouvait pas nous accueillir avant 18H. L’accueil fut réservé, à la japonaise, dans une cuisine foutoir. Notre hôte avait fini de diner (heureusement nous avions prévu des soupes). Tout en sirotant , dans l’ordre, des petits verres de vin blanc, puis rouge, puis du whisky – sans nous en proposer d’ailleurs – il parlait un mélange d’Anglais et de Japonais que nous avions bien du mal à comprendre. Mais heureusement il parlait peu, la TV étant allumée. Puis à 19h30, tel un ressort, il se leva et nous fit signe de prendre nos sacoches. Il allait nous montrer nos chambres, nous aurions chacun la nôtre avec un lit simple. Et lui-même se retirait dans la sienne. Il nous dira le lendemain ne dormir qu’entre 20h et 23 h, et regarder la télé le restant de la nuit. Dehors il pleuvait toujours à torrents et nous apprécions particulièrement d’être à l’abri. Les camions qui passaient devant la maison, firent trembler nos lits toute la nuit.
Nous étions à l’abri, certes, mais nous allions repartir avec des affaires humides et notre lessive pas faite. Nous réservions par Internet un hôtel dans la prochaine ville.

Et nous quittions notre hôte en nous disant que, décidément, ce n’était pas encore cette fois-ci que nous avions découvert le mode de vie d’une famille japonaise.

 

L’hôtel réservé, d’apparence luxueuse, faisait face à … une cathédrale ? 

Etant arrivés un peu trop tôt pour avoir la chambre nous allions visiter la dite « cathédrale » - qui n’en était pas une. D’ailleurs il n’y avait pas de croix. Nous pénétrions dans un hall genre réception d’hôtel, à la décoration très kitch. Le plan de l’établissement indiquait un salon de mariage au premier étage, un buffet de sucreries au deuxième, et plus haut encore, une « chapelle chrétienne ». –Pouvait-on voir la chapelle ? – Non, elle était fermée. Nous commencions à comprendre qu’il s’agissait d’une fausse église sans doute pour y contracter de faux mariages chrétiens, à consommer en face dans notre hôtel qui s’avérait être un « love hôtel », et se terminer dans la clinique mitoyenne qui avait sûrement un service maternité.

 

Notre Love Hôtel devait remplir les jours creux en attirant des touristes par des prix alléchants. Dans ce hall nous croisions deux Français avec leurs valises à roulettes et un jeune couple d’Occidentaux chargés de gros sacs à dos, pas le genre de la clientèle habituelle à mon avis – mais je peux me tromper. Dans la chambre de 50 m2, nous tendions aussitôt notre corde à linge pour faire sécher notre lessive et nous sentir plus comme chez nous. Le menu du room service proposait de se faire livrer du Champagne mais nous préférions faire chauffer notre  soupe de nouilles.

Le repos du cycliste, ça devrait être comme cela tous les jours

 

Nous traversions des villages absolument déserts, sans aucun commerce mais dans lesquels nous devinions cependant des activités humaines à l’intérieure des entrepôts. Dans un de ces ports l’odeur de poisson fumé nous monta aux narines. Ah ! Ça sentait le haddock aux pommes de terre persillées que maman nous servait autrefois. J’en salivais et pendant un bref instant ne fus plus en train de pédaler au Japon mais bel et bien à la table familiale devant mon assiette fumante. Cela me déclencha une faim terrible.

Nous avions repéré sur la carte un camping gratuit près d’une plage. Mais à l’arrivée il n’y avait aucun endroit où planter la tente et les toilettes étaient fermées. Nous retournions au village le plus proche, à deux kilomètres, par une route minuscule en corniche et y trouvions un petit jardin public. Une digue en béton nous bouchait la vue côté port et, côté terre, le village était écrasé par une énorme montagne plantée d’arbres très sombres. On n’aimerait pas trop être coincé là par forte tempête.

Changement de paysage. Nous nous retrouvions en montagne, bien que tout près de la mer. De tunnels en tunnels (7 ce jour-là) nous atteignions un vaste plateau. Pour regagner le niveau de la mer, ce sera une descente de 6 km, sans un coup de pédale. La vue était belle sur les presqu’iles et les iles couvertes d’une végétation très dense. En bas, un  petit port ostréicole et des vergers d’agrumes en pleine floraison. 

Ah ! La bonne odeur ! Le soleil était revenu. Il y avait la mer, et même un voilier de plaisance  (chose assez rare au Japon), la lumière était belle, des mouettes criaient au-dessus de nous, les toilettes étaient toutes neuves. L’endroit nous plut. Nous ne trouvions pas un coin de jardin public, ni un kiosque, ni même un banc dans tout le village. Qu’à cela ne tienne, nous allions camper sur un terrain vague en bordure de route, près des toilettes. Une femme avait voulu s’occuper de nous. Elle avait fait des allers-retours de ce petit pas pressé, le buste légèrement penché en avant qu’ont beaucoup de Japonaises et qui donne l’impression qu’elles vont se casser la figure à coup sûr. Celle-ci donc nous causait, nous racontait des tas de choses dont nous ne comprenions pas un traitre mot. A notre grand soulagement elle finit par nous laisser et ne réapparut qu’au moment de notre soupe, avec des oranges et des pamplemousses en cadeau.

Petit déjeuner sur le port et toile de tente qui sèche

 

Mais un mot sur les tunnels dont certains font deux kilomètres de long, voire plus. Je les déteste, même s’ils nous évitent de sacrés détours et dénivelés par des routes qui de toute façon bien souvent n’existent plus. Même quand il y a un trottoir pour piétons et cyclistes, souvent pas bien large, j’ai la trouille là-dedans. A maintes reprises la lumière y fut réduite et nous nous sommes trouvés dans des trous noirs que nos lampes trop faibles ne percent pas. On ne sait alors plus où est le bord de ce foutu trottoir et l’on se met à guidonner. Il y eut tout de même deux exceptions : un tunnel avec un trottoir large comme un boulevard et un autre réservé aux cyclistes.

Tunnel spécial cyclistes

 

Nous avons longé la mer pendant une dizaine de kilomètres. Les vergers d’agrumes s’étagent sur des pentes si raides que des chariots et des rampes métalliques permettent de redescendre la récolte.

Des alevins séchaient au soleil sur le bord de mer. Nous en retrouverons en vente dans un supermarché local.

Puis nous sommes montés sur un plateau entièrement voué à la riziculture. Les rizières étaient en eau et cela faisait de grands bassins géométriques jaune orangé, de la même couleur que les gros arbres non identifiés qui moutonnent dans la montagne. Sur le bord de la route nous verrons ce que nous avons appelé des « machines à riz ». Ce sont des espèces de machines à sous qui décortiquent le riz en quelques minutes. 100 Yens – soit 75 cents – les 100 kg. Cela doit être très utile pour les petits récoltants.

Nous bifurquions pour suivre, par une route très tranquille, les méandres d’une rivière, la Shimanto. Dans un paysage de montagnes, nous longions un torrent de la couleur du Verdon sous un ciel d’azur, bénéficions d’un faux plat descendant … voilà bien longtemps que nous ne nous étions sentis aussi heureux à vélo.

La journée se finit dans un vrai camping au bord de l’eau et nous plantions la tente dans un coin de prairie. Il y avait déjà d’autres campeurs d’ailleurs, surtout des motards. Jusqu’à maintenant nous avions toujours été seuls. Mais c’était le début de la Golden Week, LA semaine de vacances des Japonais. Notre mois d’août qui pour eux ne dure que 7 jours. Jusqu’au week end suivant toutes les entreprises et toutes les écoles seront fermées et des festivités sont prévues un peu partout. J’ai lu sur Internet qu’il est même recommandé aux étrangers de ne pas voyager au Japon pendant cette période.

 

Il est de tradition ces jours-là de pendre des poissons en tissus devant les maisons ou en travers des rivières, les carpes étant porte-bonheur.

Puisqu’ils étaient tous sur la route, nous n’allions pas bouger et  votions une journée de repos complet.


Pour lire le début de notre voyage au Japon, cliquer ici