Et c’est sur nos chamolents que nous reprenions le voyage.

« il poursuivit sa route qui n’était autre que celle que voulait sa monture. Car il était persuadé qu’en cela consistait l’essence des aventures » (Don Quichotte)

 

Je ne sais pas pourquoi mais je m’étais imaginé qu’en Azerbaïdjan nous retrouverions la verdure. Pas du tout. C’était comme en face, au Kazakhstan d’où nous venions, le désert, toujours le désert mais plus urbanisé si l’on peut dire, plus occupé tout du moins par des constructions neuves ou en cours, des villes nouvelles vides, des délires d’architectes et de promoteurs immobiliers.

La route filait toute droite vers le Nord, vers Bakou la capitale.

 Mais pas nous avec ce vent de face. Si encore « nous en avions eu plein le dos », cela aurait été plus facile ! Sur cette 2X3 voies les voitures tout derniers modèles et les camions déboulaient.

Enfin, pas toutes derniers modèles les voitures

 A noter que l’altimètre indiquait – 24 m.

Premier arrêt dans une station services pour les toilettes, premier thé offert.

 

Dans un bourg où nous avions fait une incursion à la recherche de nourriture un gars nous emmena jusqu’à un restaurant en bord de mer. Nous trinquions à notre arrivée en Azerbaidjan avec une bouteille de rouge jus de cerises.

Pas moyen d’avoir autre chose que de la viande et une salade à préparer soi-même. Quand je pense que certains se décarcassent à préparer une vinaigrette !

Et puis en arrivant sur Bakou, soudain nous n’avons plus su où nous étions. C’était Paris Haussmannien bord de mer avec ses boutiques de luxes, Nice et sa Promenade des Anglais en plein désert. C’est la Méditerranée avec des figuiers, des oliviers, des grenadiers et la bonne odeur des pins. Nous notions également avec surprise l’usage des caractères latins. Fini le cyrillique. Beaucoup de mots turcs.

Bakou, c’est le règne du fric – boutiques de grandes marques à n’en plus finir – et de la bagnole. Des voitures, partout, grosses, récentes, dans toutes les rues, roulant trop vite dans les avenues sans aucun respect des piétons, agglutinées dans des embouteillages de chenilles processionnaires, garées sur tous les trottoirs. A noter que le prix du gazoil est de 30 cents d’€ et l’essence 45 cents d’€. Le piéton, rare il est vrai excepté sur la promenade du bord de mer, est bien malheureux. Pas ou peu de passages pour lui, des trottoirs hauts et sans bateaux. Pas un vieux avec une canne ou un handicapé dans une voiture roulante. Il n’a pas sa place. Pas de vélos non plus.

 

Nous cherchions une chambre à un prix raisonnable pendant près de deux heures. Oh !, il y en avait, mais de 3 ou 4 m2, sans fenêtre. Des murs construits autour de deux lits superposés. Impossible de nous enfermés là-dedans. Nous finissions dans un dortoir d’une espèce d’usine à dormir.

Dès vendredi matin nous quittions notre dortoir en centre-ville pour une chambre particulière dans une guesthouse en haut de la ville, bien au calme. Nous avions sous-estimé la côte à monter. Après avoir poussé sur 3 km nous arrivions en sueur devant une grande bâtisse, guidés par un homme en Range Rover. Je me demandais ce qu’il pouvait bien faire dans un hôtel avec des chambres à 9€. C’était le Big Boss comme nous l’apprendra le jeune gérant qui nous reçut. Nous ressortions déjeuner au coin de la rue d’un Borbaç, une soupe pleine de pois chiches et de coriandre, accompagnée d’un verre d’Ayran, yaourt aigre liquide également abondamment garni de coriandre. Ça tombe bien, nous adorons la coriandre fraiche au point de la brouter !

 

Petit tour au pied des « Flames », les grandes tours bleues devenues l’emblème de cette capitale. On les voit de partout, de tous les coins de rues. Comme les Tours de St Laurent, pas moyen de les oublier(les Saint-céréens comprendrons l’allusion). Tandis que nous regardions d’une terrasse la vue sur la ville et la mer, les avions de chasse faisaient une démonstration bruyante. Nous y avions déjà eu droit la veille et ce sera rebelote le lendemain.

Le samedi en fin de matinée nous voilà partis pour le bas de la ville, le musée d’art moderne et une dernière promenade en bord de mer. Ce n’était pas le jour. Tout était fermé, les avenues et jardins bouclés pour cause de parade et défilé commémoratifs de la libération il y a cent ans de Bakou aux mains des bolchéviques, reprise dès 1920. Est-ce que ça vaut la peine de faire un tel bazar ? Les parades militaires n’étant pas vraiment notre tasse de thé nous remontions dans notre quartier à l’écart du bruit. Trois jours à Bakou, c’était déjà deux de trop. 

 

Nous avons donc repris la route suivie quatre jours plus tôt, direction port d’Alat, vers la frontière iranienne. Nous avions réservé non loin de la réserve de Gobustan où nous voulions voir des gravures rupestres. C’est dans une maison neuve au confort moderne, avec deux chambres d’hôtes, que nous étions reçus, dans un lotissement encore tout en travaux en bord de mer.

 

Nous commencions par partager le petit déjeuner du couple – il était près de midi- tandis que l’homme, ancien militaire, nous expliquait à sa manière l’histoire récente de l’Azerbaïdjan. (Pour réviser voir Wikipédia). A l’évocation de notre route vers Tabriz, notre hôte s’écria : « Ah ! Tabriz ! La capitale de l’Azerbaïdjan méridional ! » C’est que la frontière actuelle entre l’Azerbaïdjan et l’Iran, qui suit la rivière Araxe et que l’on  pourrait croire naturelle, a été tracée par les Russes, coupant ainsi le territoire azéri en deux. « Il y a 40 millions d’Azéris en Iran et 10 millions seulement en Azerbaïdjan… Les Turcs nous ont aidés à chasser les Russes et les Arméniens en 1918. Nous et les Turcs nous sommes frères ». Et le soir nous fut servi un repas cuisiné à l’huile d’olive, plus méditerranéen qu’asiatique en effet.

 

 

Petit détour tout d’abord par la réserve de Gobustan.

Pas de passage à niveau. Il fallut porter les vélos pour passer les voies. Ouf ! Passés juste à temps…

 

 Il y a à Gobustan soi-disant 600 000  gravures rupestres dans un chaos rocheux en plein désert. La visite commence par un petit musée avec aussi peu d’éclairage que d’explications mais quelques belles reproductions de gravures préhistoriques. 

Ensuite il faut monter environ 2 km sur la colline pour pouvoir approcher  quelques-unes des gravures originales, les plus faciles d’accès sans doute.

19 km/heure de moyenne sur 75 km. Du jamais vécu par nous. Il est vrai que nous avions le vent dans le dos, que c’était tout plat et qu’il ne faisait pas trop chaud puisque le ciel était couvert. Il avait même fallu attendre qu’une averse passe pour partir le matin. Premières gouttes de pluie depuis la mi-mai (excepté un orage au départ d’Almaty fin juin). Encore beaucoup de militaires et de policiers sur la route, des barrages sans raison apparentes, des interdictions de s’arrêter. Au départ d’Alat où nous avions passé la nuit,  un militaire nous fait signe de nous arrêter. La route est interdite. Attendre. Il est à l’abri sous un autopont tandis que nous recevons la pluie à 20 mètres de lui. Il ne voudra jamais que nous allions nous mettre à l’abri aussi. La barrière virtuelle était tracée à notre hauteur, pas 20 mètres plus loin. Un quart d’heure plus tard, sans qu’il ne se soit apparemment rien passé, il recevait l’ordre de laisser passer la circulation.

Une 2X3 voies toute droite, en plein désert. Rien de notable si ce n’est une montagne colorée de rouge et une crevaison. Les bas-côtés des routes sont jonchés de débris de cannettes. Etonnant que nous n’en ayons pas chopé plus tôt.

A Salyan, un seul hôtel, trop cher et trop luxueux. Un petit tour dans le centre- ville et la rue piétonne, vide, triste, avec trois magasins garnis presque exclusivement de bonbons et gâteaux secs. Des hommes attablés sur le trottoir à boire du thé.

 

Gros orage en fin de nuit et il bruinait encore quand nous enfourchions les vélos à 9 h.

 

Nous n’avons pas retrouvé notre autoroute et roulons sur une route campagnarde passant par des bouts de villages en pleine campagne.

Bientôt le ciel s’assombrit et c’est juste alors que nous nous étions arrêtés dans une station services pour profiter des toilettes qu’il commença à pleuvoir. Puis il y eut des éclairs et ce fut un orage violent. 

Nous restions environ deux heures à attendre que ça se calme, trop contents d’être à l’abri. Les 30 derniers kilomètres avant la fin de l’étape se feront bon train, sans arrêt pipi ni piquenique afin d’arriver avant une nouvelle averse.

 

Bilasuvar est un carrefour commercial très bruyant. Nous sommes en plein Moyen Orient, avec les grappes d’hommes oisifs qui s’agglutinent autour de nous, par curiosité ou désœuvrement.

 

 Sous la fenêtre de notre chambre les hommes jouent à une espèce de jeu de jacquet. Peu ou pratiquement pas de femmes dans la rue, bien qu’elles soient encore habillées à l’occidentale. Nous regrettons déjà l’Asie Centrale, la gaieté des gens, leurs sourires et leur discrétion.

Demain nous entrerons en Iran, pour ma part dûment enfoulardée, chemise longue, manches longues et pantalons longs. A suivre…