Article rédigé le 29 mai 2018 à Gyeongju

 

Lundi 21 mai  2018 – sur le bateau pour Busan (Corée du Sud)

 

C’était un peu la pagaille au Terminal International de Ferries où il n’y avait pourtant qu’une compagnie, la Panstar Cruise, et un seul bateau, le nôtre. Des Coréens faisaient enregistrer des montagnes de gros cartons de produits électroniques et une poignée d’employés seulement devait peser, faire payer, charger, etc. Impossible de laisser les bagages sur les vélos. Il fallait tout prendre avec nous – les 10 sacs !- et laisser nos montures aux bons soins des employés qui allaient les charger dans un camion, puis les décharger pour les entreposer dans les cales, tout cela sans comprendre sans doute pourquoi le guidon de ces foutus engins impossibles à diriger leur tournait dans les mains. Je n’étais pas tranquille – à tort – en les leur abandonnant. Le montant de la taxe portuaire étant plus élevé que prévu il nous manquait 200 Yen. 1,50 € ! C’était franchement ridicule de chercher un distributeur de billets pour si peu ! Un jeune Américain nous donna ses dernières pièces japonaises, de toute façon non échangeables en Corée.

 

Nous nous attendions à disposer d’un futon en dortoir mais, à notre grande surprise, une cabine à deux lits, plus grande que notre chambre d’hôtel d’Osaka, nous fut attribuée. D’autres cabines, portes ouvertes, étaient occupées par des groupes de 4 ou 5 personnes qui, avant même le départ du bateau, installaient leurs couchages et n’allaient plus sortir de leur antre. Nous montions sur le pont voir la vue de ce port immense et ses infrastructures construites sur des iles complètement artificielles. Des grues, des ponts d’une hauteur incroyable, des tours… 

Puis nous cherchions le salon, histoire de ne pas nous enfermer dans notre cabine dès 16h. Je finis par demander à l’hôtesse d’accueil qui ne comprenait pas ce que nous voulions –  quoi ? a lounge ? pour quoi faire ? - mais finit par nous indiquer le fond d’un couloir où il y avait en effet un petit salon pour une dizaine de personnes maximum. Un panneau sur la porte indiquait : « Lounge VIP – For deluxe rooms only »Il était évident que ce n’était pas notre place mais nous passions outre, nous installions devant une vitre avec la même vue que du poste de pilotage je pense, et nous servions une tasse du café chaud préparé pour les VIP – que nous sommes mais personne ne le sait. Chut ! Nous voyageons incognito.... C’était le seul endroit où l’on pouvait s’installer en dehors de sa cabine. Devant nous s’ouvrait l’horizon par une lumière superbe de fin d’après-midi, les côtes du Honshu à notre droite, celle de Shikoku à notre gauche. Un grand nombre de cargos sillonnait ce bras de mer appelé localement la Mer de Seto. Nous passions sous le pont de Shimanami kaido, celui-là même dont, trois semaines plus tôt, nous ne voyons pas le bout, noyé de pluie. 

Toute cette route que nous avions suivie dans l’autre sens n’était déjà plus qu’un souvenir.

Le port Busan

Une première question avant d’enfourcher les vélos : de quel côté roule-t-on en Corée ? Aucune voiture sur la chaussée… ?? Mais il n’y avait qu’à regarder à l’intérieur des véhicules stationnés : volant à gauche, donc on roule à droite – quoique ceux qui sont allés en Birmanie savent bien que ce n’est pas systématique. Changeons donc les rétroviseurs de côté et c’est parti.

La Corée du Sud, grande  comme deux fois la Suisse, 51 millions d’habitants dont 23 à Séoul, espérance de vie 83 ans, 70% du territoire montagneux, climat continental, froid l’hiver (5° de moyenne en hiver à Séoul) et chaud humide l’été. Il est vrai que la Sibérie n’est pas bien loin.

 

 

 

Partis d’Osaka la veille, nous arrivions donc à Busan, deuxième ville de Corée du Sud vingt heures plus tard. Dès les premiers tours de roues en sortant du port nous comprenions que nous avions changé de monde. Ce n’était certes plus aussi propre ni aussi ordonné qu’au Japon, mais la foule était vêtue de couleurs vives, de shorts ou de vestes à fleurs pour les femmes, les boutiques déversaient leurs articles sur les trottoirs ainsi que des petits étals de fruits et légumes. Ça parlait plus fort, la nourriture est épicée. C’est vivant, spontané.

marchande d’œufs au plat

 

L’hôtel réservé dans un quartier très populaire était un peu vieillot, mais c’était dans nos prix et le jeune gérant était franchement sympa. Sympa, mais pas très sérieux. Le petit déjeuner était inclu dans le prix de la chambre. Le premier matin nous furent servis deux toasts trempés dans l’œuf et poêlés et un fruit, une sorte de petit melon à la chair croquante. Le deuxième matin, deux toasts seulement. Et le troisième matin, notre hôte ayant la gueule de bois à cause d’abus la veille au soir, il n’y eut pas de petit déjeuner du tout…

Vue de la terrasse de l'hôtel

 

Dès nos bagages déposés, nous repartions par le bus vers le temple bouddhiste le plus proche. Le 21 mai est le jour anniversaire de bouddha, jour férié. Et le Sangansa (temple Sangan) attirait beaucoup de monde. Tous les bâtiments du temple, aux boiseries peintes de couleurs vives et leurs abords étaient recouverts de lampions colorés. Les façades, les terrasses, les allées qui montaient dans la colline également. S’y ajoutaient les vœux des fidèles écrits sur des plaquettes rouges suspendues après les lampes.

La foule circulait avec une tranquille gaieté dans tous les sens, comme si, pour l’occasion elle s’appropriait les lieux, s’y sentait chez elle. On pouvait manger aussi des soupes ou des brochettes, des friandises ou du maïs grillé et des crêpes aux algues arrosées de sauce soja pas mauvaises du tout vous pouvez me croire.

Je regardais les visages autour de moi, plus plats, plus larges qu’au Japon. Beaucoup de femmes portaient ce jour de fête une tenue qui me faisait bien envie : pantalon large resserré aux chevilles et une petite veste courte croisée et fermée par des boutons en tissus, l’ensemble de couleurs pastelles. Les femmes de ma génération sont plutôt petites et menues et ont presque toutes les jambes très arquées.

 

Notre première visite le mercredi matin fut pour l’office du tourisme. Nous voulions savoir où nous procurer le passeport cycliste et la carte des pistes cyclables du pays. L’hôtesse semblait tomber des nues. C’est tout juste si elle connaissait l’existence de ces pistes. Il y a pourtant près de 1000 km de pistes cyclables , le long des quatre principales rivières. Le passeport cycliste n’est absolument pas obligatoire pour pédaler en Corée mais s’il y a une habitude ici c’est de se souvenir de son passage dans un lieu grâce à un coup de tampon sur un carnet. Un peu comme une crédentiale de pèlerin là encore. 

J’aimerais tellement présenté un passeport comme celui-là aux douanes de la terre entière !

 

Au marché aux poissons, absolument dépourvu de chalands à 10h du matin, nous nous demandions pour qui étaient ces superbes bêtes prisonnières en vivier. Des énormes coquillages, des moules géantes et d’autres fruits de mer étaient décortiqués et vendus sans coquilles dans des sacs en plastique. Et les femmes à l’ouvrage derrière leurs stands ne sont pas des plus amènes, Philomène.

On peut choisir son repas vivant et aller le faire cuisiner au premier étage.

 

La visite suivante fut celle du quartier de Gamcheon. Accroché à la colline, ce quartier autrefois pauvre et insalubre est devenu un petit Valparaiso. Les maisons sont non seulement colorées mais décorées de fresques et de clins d’œil amusants.

C’est devenu un incontournable lieu touristique et, même les jours creux, il faut faire la queue pour se faire prendre en photo à côté du Petit Prince hélas tombé de sa planète.

Un saut dans une librairie à l’autre bout de la ville pour trouver une carte routière. Tous ces déplacements se firent grâce à un pass métro à la journée. A noter que l’arrivée des trains est signalée par un morceau de musique classique. Si Vivaldi savait que son Sacre du Printemps sert d’annonce dans le métro et Beethoven qu’il a écrit sa lettre à Elise pour le passage du camion des éboueurs, ils se retourneraient dans leur tombe.

Nous dînions dans un restaurant de quartier tout près de notre hôtel. La serveuse nous proposa des « noodles in iced water ».Bof ! Cela ne nous disait pas grand-chose ! Mais comme nous étions incapables de demander autre chose, va donc pour les nouilles dans de l’eau froide. Eh bien ce n’était pas mauvais du tout ! En fait elles ne trempaient pas mais avaient dû être passées dans de l’eau froide. Servies avec une sauce légèrement pimentée et un œuf dur, elles étaient accompagnées d’un bouillon chaud.

 

Nous marchions des kilomètres en ville pour aller jusqu’au Musée des Beaux Arts dont quasiment toutes les salles étaient fermées. Puis jusqu’à la Guangali Beach barrée d’un gpont long de 7,4 km et cernée de tours gigantesques. On fait ici dans la démesure.

15 km de ville pour faire un crochet par l’estuaire de la rivière Nakdong, point de départ de la piste cyclable qui la longe sur 380 km. Notre passeport cycliste et la carte en poche nous prenions la piste qui, bien vite, se trouva sur une levée avec des deux côtés des voies rapides très bruyantes. Mais nous étions bien contents d’être en dehors de la circulation, sur une allée ombragée et pas mal fréquentée par les promeneurs à pied ou à vélo, la plupart la radio diffusée par le smartphone accroché au guidon ou dans la poche. Nous roulions pendant au moins 30 km l’horizon barré par des murs, des forêts de tours habitées.

Quittant la rivière avant Yangsan nous trouvions à déjeuner d’une copieuse soupe de nouilles et légumes sur une terrasse de bois. Et puis la fastidieuse recherche du lieu de bivouac commença dès le milieu de l’après-midi pour finir au pied d’immeubles et près du parking du temple de Tongdo que nous visiterions le lendemain. 

Lieu de bivouac urbain à Tongdo (j’en ai marre de camper en ville)

Une femme et sa fille vinrent nous parler du temple, une merveille qui nous devrait nous occuper une bonne journée. Puis un homme attiré par nos vélos nous fit la conversation en Anglais. Nous étions tout juste en train d’installer le campement sur le plancher d’un kiosque et il nous fit remarquer que nous n’avions pas ôté nos chaussures, comme pour entrer dans une maison. Nous obtempérions immédiatement en nous excusant platement. Cet abri de bois était situé à côté de potagers très bien entretenus, un petit torrent coulant en contrebas. Et sur l’autre rive, des immeubles d’habitation de quinze ou vingt étages, donc pas très hauts pour le pays.

A 7h le lendemain matin la tente était déjà pliée, les sacoches chargées et nous prenions notre petit déjeuner. Un homme s’approche, poste de radio branché dans la poche, et commençe l’inspection des vélos : le pédalier : « Hon ! », le dérailleur : « Hon ! Hon ! » les bagages : « Hon ! ». Puis, en Anglais : « Vous venez-d’où ? – France ?- Hon !!! – le tour de Corée ?- Hon ! … avec ces vélos ? – Hon ! Hon ! No ! Yes ? – Vingt dieux ! (enfin ça c’est une traduction approximative mais le ton y était). Puis il vint tâter les mollets de Daniel : « No ! No ! … - Quel âge ? 64 ? – Hon ! Hon ! Dany : « Et vous ? Quel âge ? – 80 ? No ! Yes ? Vingt dieux ! »

Et notre homme partit faire sa marche quotidienne en méditant sur ce qu’il avait vu de bon matin.

 

 

Bientôt nous entrions dans l’enceinte du temple de Tongdo (Tongdosa) et ce fut une belle allée dans une forêt de pins .

 1km plus loin, une porte ouvragée à franchir, avec ses quatre gardiens géants en bois polychrome et ce fut un émerveillement. 

Ce temple, le plus grand de Corée, date du 14ème siècle mais, détruit par une invasion japonaise, fut reconstruit au 18ème De plus il abrite – oh ! Miracle ! – un bout de chair et de véritables os de Bouddha, Siddharta lui-même.

 Nous passions plus de cinq heures dans les lieux. Dans un écrin de montagnes culminant à 1000 m, un vrai village de temples aux toits ouvragés d’une architecture élégante et décorés de motifs peints. Du bois, rien que du bois, des assemblages sans un clou. Rien de cette raideur et rigueur des temples japonais. Et à l’intérieur d’autres peintures encore, sur les murs, sur les plafonds à caissons, derrière les bouddhas d’or. 

 

Les cérémonies matinales étaient en cours et les litanies n’entamaient en rien la paix des lieux. Tandis que nous étions assis pour commencer un croquis l’homme qui nous avait parlé la veille alors que nous montions la tente apparut. Nous échangions quelques mots, faisions la photo de groupe quand une nonne tout en gris intervint. J’étais assise sur le bord du muret devant un bâtiment, les jambes pendantes. Elle me pria de bien vouloir reculer. Nous continuions à dessiner tout en conversant quand une autre nonne intervint. Je devais reculer encore, mais sans m’adosser au mur. J’obtempérais. Quelques instants plus tard une troisième nonne nous demandait de ne pas rester là. C’était un endroit sacré. Notre nouvel ami, habitué des lieux, plaida notre cause, en vain. Nous finissions donc notre dessin debout. Mais faire des formes aussi élégantes directement au feutre et à main levée, c’était tout de même un peu présomptueux. 

Puis il y eut beaucoup de visiteurs certains ne dédaignant pas se faire prendre en photo à nos côtés.

Quand nous retrouvions nos montures restées sur le parking en ville il faisait chaud et l’après-midi était déjà bien entamée. Nous cherchions sur nos cartes quelque chose qui ressemblât à un parc, un jardin, un endroit où nous pourrions imaginer planter la tente car retourner à l’emplacement de la veille au soir il n’en était pas question. Nous nous étions sentis tout juste tolérés. La solution se trouva dans une chambre d’hôtel très confortable, avec ordinateur, clim., réfrigérateur, table et fauteuils pour 28€. Nous n’espérions pas trouver à ce prix-là dans un endroit si touristique.

 

 

Nous sommes maintenant à Gyeongju où nous séjournerons trois jours tant il y a de choses à voir et de bouddhas à croquer. Je vous raconterai la prochaine fois.


Article rédigé le 14 juin 2018 à Séoul

 

Arrivée à Gyeongju en pleines festivités. Il y avait un monde fou, à pied, en voitures, en voiturettes électriques de location. Nous eûmes quelques difficultés à trouver notre hôtel mais Ona, la petite gérante, fut si accueillante, si délicieuse que nous décidions tout de suite de prolonger notre séjour. La chambre était simple et propre : deux matelas très minces par terre, mais aussi un réfrigérateur, une bouilloire et la wifi. Les vélos couchaient dans le hall d’accueil.

 

Dès le lundi matin nous reprenions les vélos jusqu’à la Nam San Mountain. Il faut trois heures soi-disant pour parcourir l’itinéraire fléché qui mène dans un massif boisé et rocheux, de bouddhas gravés dans la pierre en bouddhas sculptés assis ou debout. En comptant nos arrêts photos et croquis et notre allure d’escargots il nous faudra presque cinq heures pour faire le tour. C’est que, même si parfois nous n’avons pas les jambes, le vélo intensif ce n’est pas le pied pour la randonnée. 

Nous étions ravis d’être en pleine nature, quasiment seuls, et finissions cette belle balade devant une soupe de nouilles géante (la soupe pas la nouille).

Le lendemain nous partions dès 7 h du matin vers le Bulguk Temple à 15 km du centre-ville. Le trottoir-piste cyclable qui longe la route est dans un état déplorable mais nous l’empruntions tout de même tant la circulation était dense et rapide. La conduite est chaude en Corée. On se croirait en Amérique Latine. Les Coréens roulent vite, ont le klaxon facile et nerveux, ne ralentissent jamais aux passages piétons. Les feux rouges emmerdent beaucoup de monde. Voitures, bus, cyclistes et piétons les ignorent souvent sans complexe. Il faut donc avoir les yeux partout.

 

Le Bulguk Temple, à 15 km du centre-ville de Gyeongju, est classé par l’Unesco. Il est beau sans aucun doute mais nous lui préférions néanmoins celui de Tongdosa (voir l’article précédent). A la fin des litanies matinales les silhouettes couleur Terre de Sienne des moines glissant le long des murs ocre jaune étaient très photogéniques.

Nous revenions en ville par des petites routes dans les rizières, traversions un village aux maisons basses entourées de potagers et de jardins de plaisance et je trouvais cela rassurant de savoir qu’il y avait encore des gens capables de vivre dans des endroits comme celui-là.

 

Nous avions gardé notre dernier jour pour visiter les lieux historiques de la ville. Car Gyeongju est bâtie sur le site de l’ancienne capitale du royaume Silla du premier millénaire. Un peu partout des traces de palais et de temples, qui ne parlent guère aux profanes, mais surtout un nombre impressionnant de tombes tumulus qui font ressembler la région à une gigantesque taupinière.

Ces lieux classés ont doté la ville de grands parcs très verts plantés de pins rouges et de lilas des Indes. Il y a bien évidemment tout ce qu’il faut aussi pour s’amuser, parcs d’attractions, faux-vrais villages traditionnels, locations de costume de reine ou de prince, etc.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Et puis il y a un musée dans lequel sont exposées les pièces trouvées lors des fouilles et l’on y voit des merveilles.

Nous avons beau être au Pays du Matin Calme dès 7 h du matin des voitures avec haut-parleurs sillonnaient la ville, musique au maximum, avec les photos des candidats aux élections. A chaque carrefour des membres de chaque secte politique faisaient des signes bonjour et des courbettes aux voitures.

Nous prenions la route de Daegu, pensant  camper à mi-chemin, dans la campagne.

Mais dans le coin les berges de la rivière sont cultivées de riz, vergers, tomates, oignons et pomme de terre et enfin de tours très hautes pour entasser tout le monde, sans laisser un pouce de terrain aux campeurs et aux rêveurs. Et toujours toutes ces femmes cassées en deux par le travail. L’une d’entre elles venait vers nous, appuyée sur sa canne, le buste carrément à l’horizontale. Elle releva un peu la tête de côté pour nous dire bonjour, et son sourire radieux nous toucha, droit au cœur. 

Nous profitions d’un réseau wifi public pour réserver un hôtel à Daegu.

 

Beaucoup d’églises dans la région car si le bouddhisme est très répandu, le christianisme est curieusement la religion la plus pratiquée.

Le christianisme (31,6 % de la population, dont 24 % de protestants et 7,6 % de catholiques) et le bouddhisme (24,2 % des croyants) sont les deux religions dominantes de la Corée du Sud. On estime en outre que 43,3 % des Sud-Coréens sont sans religion59.

 

Bien que seulement 3 % de la population se déclare confucianiste, la société est fortement imprégnée des valeurs et croyances confucéennes. (Wikipedia)

L’arrivée sur Daegu fut pénible. 30 km de zone urbaine à rouler la plupart du temps sur les trottoirs que doivent se partager piétons et cyclistes.

 Des avions de chasse passaient très bas au-dessus de la ville. On aurait cru un raid mais cela ne semblait intriguer personne d’autre que nous.

Nous atteignions enfin l’hôtel réservé vers 16h       avec une envie pressante de boissons fraiche, de douche et de repos. C’était sans compter les trois étages sans ascenseur pour atteindre la réception où il n’y avait personne. J’appelais dans le couloir, en vain. Nous avions déjà commencé à décharger les vélos quand arriva la Mère Ténardier en personne. Nous montions notre barda, puis les vélos. Ouf ! Et nous eûmes droit à un café tiède pas vraiment frappé car le frigo n’était pas branché.

 15 km de ville encore le lendemain matin, soit deux heures de trottoirs avant de rejoindre la Nangdong River que nous avions déjà suivie au départ de Busan. La piste cyclable la longe, au départ bien ombragée, puis plus du tout, ce qui était bien dommage car la température allait dépasser les 30° à l’ombre en milieu de journée.

sortie de Daegu- un petit bourg et une paysanne qui va aux champs

Déjeuné dans un snack en bord de piste puis un peu plus loin ce fut la pause cornet de glace. Il y avait là un guichet d’informations. Pas le temps de poser une question. A notre vue l’employé, qui devait sacrément s’ennuyer, sortit comme un jouet à ressort de sa boite, voulut être pris en photo avec nous, nous proposa du café ?, du thé ?, Non ?, du melon alors ? Ça oui ! Et nous étions installés au frais dans sa cahute climatisée.

 

La journée se terminera en bordure de rivière, non loin de bivouacs de pêcheurs, dans un coin qui aurait dû être infesté de moustiques, mais non.

De barrage en barrage ce fleuve prenait des allures de lac.

Pause-café à l’ombre d’un autopont. Ce n’est pas ce qui manque et les chantiers pour de nouveaux ponts, nouvelles bretelles, nouvelles routes sont nombreux. 

Placez votre épargne dans les cimenteries et les Travaux Publics, ça devrait rapporter ! Et ça roule, ça roule ! La planète se met à ressembler à un circuit infernal et l’important c’est de tourner avec les autres.

Alors que nous n’avions rencontré aucun voyageur à vélo depuis trois mois, nous croisions ce jour-là un couple Italo-belge et un couple de Suisses avec trois enfants. Ces derniers  étaient venus de Genève jusqu’à Pékin en train et avaient acheté les vélos à Séoul pour continuer la route.

 

Nous croisions également beaucoup de cyclistes coréens, très facilement reconnaissables à leur tenue sportive : manches longues, jambes longues, cagoule jusqu’aux yeux… La température flirtait ces jours-ci avec les 35°.

La piste, bien tracée et en très bon état suivait toujours la rivière

Au niveau d’un barrage il y eut le point « coup de tampon » n°10. Des sanitaires très propres nous permirent de faire une toilette. Le point tampon suivant n’était qu’à 11 km. Une broutille ! Sauf que des côtes à 17 – 20 % et plus allaient nous obliger à unir nos forces pour pousser chaque vélo. En haut de l’une de ces côtes de fou, deux jeunes cyclistes arrivèrent à pied, essoufflés, et ouvrirent grands leurs yeux d’Asiatiques en nous voyant là. « Vous avez pédalé dans la côte avec ce chargement ? » Pas de frime inutile. Nous avons avoué avoir poussé aussi. Tout de même cela valait bien une photo d’après eux. Ils pourront ainsi raconter à leurs copains, preuve à l’appui, qu’ils ont rencontré deux seniors avec des engins étranges et un chargement incroyable, et en tenue de tous les jours, sans caleçon ni foulard sur la figure ! Sont vraiment bizarres ces étrangers…

Et puis nous nous sommes retrouvés dans un parc de loisirs genre Strumpf Park avec une piste en toboggan remontant – encore à deux pour pousser chaque vélo.

Nous n’avions, depuis le départ, vu aucune épicerie. On aurait bien trouvé quelque chose à manger chez les Strumpfs mais l’ambiance nous fit fuir. Enfin vers 14 h nous trouvions refuge à l’ombre d’un pont pour manger ce qui restait dans les sacoches : une tranche de pain de mie, une de Sheddhar et une banane. Nous n’avions parcouru que 38 km en cinq heures !

Un petit détour par le village le plus proche où nous trouvions deux gâteaux, des bananes et de l’eau fraiche et nous reprenions la piste vers l’Est. La trace nous fit bientôt quitter la rive pour divaguer, par des routes agricoles, dans une campagne coincée entre des collines, traverser des hameaux fermiers. C’était sympathique de découvrir une autre face du pays et puis… plus de pistage. Nous nous sommes retrouvés sur une grande route qui nous ramena à notre point de départ. Trop fatigués, trop poisseux de sueur, bref trop de mauvais poil pour en rire. Le prix de la chambre d’hôtes la plus proche ne rentrait pas dans notre budget. Nous camperions donc là, sur l’aire de repos cycliste, à côté de chiottes immondes, mais vue sur le fleuve. Un garagiste nous avait donné deux litres d’eau et un cycliste deux petites bouteilles, avec ce que nous avions acheté cela suffirait pour faire une toilette de chat, préparer les deux sachets de soupe de riz que je trimballais depuis Busan, et même faire la vaisselle.

Pas question de reprendre la trace de la veille. Nous coupions le méandre de la rivière par la route. Puis ce fut une digue toute droite, en plein soleil, sur laquelle la seule façon de se faire de l’air était de pédaler bon train.

 

 

Et nous atteignions le « village traditionnel «  de Haohe. Le village, sis dans un cingle de la rivière, est vraiment très beau. Les fermes, composées de plusieurs bâtiments en pisé, bois et coiffés de chaume, sont entourées de murs et il nous fallut jeter un coup d’œil indiscret par-dessus. Mais dans les rues écrasées de chaleur, pas un habitant à cette heure. 

Nous passions deux heures à nous promener dans ce village, haletants de soif et de chaleur, rêvant d’une chambre fraiche et d’une douche. Une chambre à Haohe il ne fallait pas y penser. Trop cher. Le réseau wifi de l’office du tourisme et l’aide charmante de l’hôtesse nous permirent de trouver un motel dans nos prix à Andong, 30 km plus loin. Il faisait chaud, très chaud même, mais il n’était que 15h. Hardi les gars ! On y va ! Et nous reprenions la digue bien goudronnée, toute plate, toute droite.

Et que je te pédale de bon cœur pendant une dizaine de kilomètres. Et puis… il y a eu comme un problème. Une côte à 17%  sur 500 mètres ! Puis une autre encore ! Il fallut là encore se mettre à deux pour pousser les vélos. Plus un poil de sec par 34° à l’ombre. « Ah ! Si j’aurais su j’aurais pas venu ! » Presque trop crevés pour pester après tout ce barda qu’on se trimballe (pulls, vestes, bonnets, gants, chaussures fermées, etc.) Nous ne remontions plus sur les vélos que dans les descentes, le moral déjà en berne à la pensée que pour quitter Andong, il allait falloir reprendre la même route, avec les mêmes dénivelés.

L’hôtel enfin ! Une chambre avec clim., un bon lit, la douche ! A cent mètres une cafeteria où les plats, géants et délicieux, valaient 5€ ! Une journée de repos et une nuit de confort supplémentaire furent votées à l’unanimité.

Et pour fêter cela, si on s’offrait une glace ! Mais c’était trois pour l’achat de deux. Il a bien fallu que l’un de nous deux se dévoue pour manger la troisième.

Au réveil le lendemain matin il pleuvait. Super ! Plus aucun scrupule à prolonger notre séjour.

Le centre-ville d’Andong est plutôt agréable avec ses rues piétonnes commerçantes, des bâtiments à deux ou trois étages et beaucoup d’hôtels aux alentours de la gare. La nouvelle ville, c’est-à-dire une immense forêt de tours, est sur l’autre rive de la Nangdong river, les deux quartiers étant reliés par plusieurs ponts, passerelles et autoponts. Il y avait plusieurs sites à visiter à proximité mais une flemme incroyable nous submergea et, après une balade jusqu’à une pagode sans grand intérêt, nous rentrions faire la sieste et dessiner dans notre chambre.

 

Retour par la même route. Les passages de collines redoutés étaient moins difficiles et moins longs que dans le sens inverse. Peut-être étions-nous aussi moins fatigués que l’avant – veille.

Un kiosque dans une pinède nous accueillit pour la pause déjeuner, juste devant une église et une salle paroissiale. Je cherchais des toilettes lorsque je tombai sur un jeune qui avait l’air de tenir une permanence. Il nous ouvrit des sanitaires tellement frais que j’y aurais volontiers fait la sieste, nous offrit deux canettes de café froid, remplit d’autorité l’une de nos bouteilles de deux litres et rajouta deux petites bouteilles congelées. Tout cela fut très apprécié avec une température encore au-dessus de 30°.

Un peu plus loin c’est sous un gros arbre à l’ombre généreuse que nous étalions une bâche pour faire la sieste. Un couple de pêcheurs installait ces lignes, un véritable arsenal.

Encore une pause café froid à l’ombre avant d’atteindre une petite ville dont je ne retrouve plus le nom, mais tout le monde s’en fiche. Dans une espèce de restaurant d’entreprise nous demandions à remplir nos bidons et bouteilles. Une jeune femme nous en offrit une sortie d’un réfrigérateur et nous dit dans un très bon Anglais : « je ne suis pas coréenne, je suis thaï ». Je la prenais dans mes bras. « Nous aimons tellement ton pays ! D’où en Thailande ? Et pourquoi es-tu en Corée ? » Elle était de la région de Krabi et était venue travailler en Corée parce que « le gouvernement thaï n’est pas bon en ce moment et c’est la crise économique au pays »(sic). Nous la quittions en lui donnant rendez-vous dans son pays l’hiver prochain.

Il nous est difficile de nous approvisionner dans les supermarchés. Tout y est vendu en grosses quantités, y compris les fruits et légumes. Résultat c’est encore un lot de 2 kg de bananes et 1 kg de tomates  qu’il fallut rajouter dans les sacoches.

 

La journée se termina dans le calme au même endroit que dimanche dernier.

Déjeuné dans une petite vallée de nouilles glacées, et cette fois bien servies dans de l’eau refroidies avec des gros glaçons dans le bol. Une paire de gros ciseaux est fournie. A vous de couper vos nouilles qui, sinon, risqueraient de n’être qu’une seule nouille très longue.

 

Mungyeong, sieste sous un kiosque, puis pause coca sur un parking. 

Aux sanitaires d’un bureau de tourisme nous faisions une toilette, bien décidés à ne pas aller beaucoup plus loin. Le premier coin de bivouac serait le bon. Une partie montagneuse s’annonçait et nous nous la réservions pour le lendemain, à la fraîche. Sauf que nous ne trouvions pas de coin pour bivouaquer et nous retrouvions à  monter le col redouté en pleine après-midi. Redouté mais pas si redoutable que cela puisque nous n’eûmes pas à pousser les vélos. Nous arrivions au terme des 7 km de côte, à 550 mètres d’altitude, trempés de sueur. Notre carte cyclo annonçait une aire de repos et de services au sommet. Des toilettes, certes - deux trous immondes – mais pas un point d’eau et interdiction de camper. De toute façon c’était décidé, nous n’irions pas plus loin. Nous étions autosuffisants en eau (6 l, soit 6 kg, trimballés depuis la vallée) et si nous ne pouvions pas camper, eh bien soit, nous ne monterions pas la tente. Après avoir mangé nos boulettes de riz sur un banc, regardé le soleil se coucher dans la brume au-dessus de la vallée balafrée par l’autoroute, nous déballions notre couchage sur le sol d’un kiosque décoré comme un temple.

Descente vertigineuse sur 5 km dans un brouillard très frais pour finir de franchir cette montagne. Nous savions une deuxième bonne bosse plus loin mais l’attendions encore quand une nouvelle belle descente nous avertit que nous l’avions montée sans nous en apercevoir. Puis nous suivions une petite route campagnarde, avec les montagnes pour horizon, entre pommes-de-terre, rizières, champs de tabac et de maïs, et vergers de pêchers aux petits fruits encore très verts emmaillotés dans des fleurs de papier jaune.

Passer les abords de la ville de Chungju fut pénible. Des chantiers interrompaient notre parcours cyclable sans qu’aucun balisage n’ait été mis en place. Nous ne voulions pas entrer dans cette ville et ne trouvions aucun supermarché sur notre parcours. Le bruit, la circulation, la chaleur, les avions de chasse en pleine récré au-dessus de la ville éprouvaient notre humeur. Un couillon s’était garé sur la piste cyclable et nous empêchait de passer. Nous lui faisions signe de bouger sa caisse. Ce qu’il fit. Puis il vint vers moi « Français ? » Comment il savait ? C’est parce-qu’on est des râleurs ? Il avait passé quatre ans à bordeaux et en gardait un bon souvenir. OK. Je me radoucissais. « Bordeaux est une belle ville » - « oui, j’ai beaucoup aimé. Bonne route ! »

 

Nous nous arrêtions bientôt à l’abri d’un kiosque de bois, en bordure de rivière, pour déjeuner de ce qui nous restait : une tranche de pain de mie avec une lamelle de fromage et une banane. On ferait avec. Quand arriva notre chauffard qui promenait son chien ! Son bureau était juste à côté. Est-ce que nous voulions de l’eau fraiche ? Une crème glacée ? – Une glace ? Ah ça volontiers ! Et nous nous retrouvions installés comme des pachas dans de bons fauteuils en train de manger un cornet de glace et parler de Bordeaux, le Mont St Michel, les relations Corée du Nord et du Sud, les pourparlers en cours, etc.

Nous repartions une heure plus tard, errions encore un peu dans les zones de chantier avant de retrouver les bords de la Hangang River, le plus gros fleuve de Corée, que nous ne quitterons plus jusqu’à Séoul.

Un jardin était entouré de pierres artistement disposées et de totems. Le jardinier nous fit les honneurs de son potager dans lequel poussaient tous les légumes nécessaires au kimchi qui accompagne tout repas coréen, concombres, espèces de radis, blettes, choux, entre autres, qui seront mis à fermenter dans du vinaigre et du piment.

Un couple de cycliste s’amusa de nous voir préparer notre soupe et nous offrit le dessert : des barres chocolatées et des caramels.

Réveil sur notre mirador au chant des oiseaux qui nous avaient acceptés chez eux pour la nuit. Le brouillard était épais, les toiles d’araignées perlées de gouttelettes. On se serait cru en automne Ça allait être pourtant encore une chaude journée, la température et le taux d’humidité ne devant cesser de monter jusqu’à fin août, avec de grosses averses à partir de juillet. D’après ce que j’ai cru comprendre mai et juin sont les meilleurs mois pour visiter la Corée.

 

Nous continuions à suivre notre fleuve avec de belles surprises. Ce sera  une rangée de totems grimaçants  qui font partie de la mythologie coréenne.

Puis, deux grands bouddhas taillés dans la falaise

Il y eut aussi une belle digue au-dessus du fleuve

Et puis des engins pour se détendre dans des positions agréables

 Un cycliste nous offrit des bonbons au ginseng, cette racine si précieuse pour la médecine cultivée dans la région sous de grands filets noirs (merci les Cyclomigrateurs pour l’info). Nous arrivions bientôt sur une ile aménagée, à peine, juste ce qu’il faut, en parc de loisirs. Il y faisait frais sous les ombrages. Les Coréens plantaient leur tente pour le week-end et nous aurions bien fait comme eux si la sacoche garde-manger n’avait pas été vide. A 8 km de là nous allions trouver des commerces d’après le GPS. L’idée se pointait de revenir une fois les courses faites. Une pente à 21% (Ah les vaches !) nous découragea de refaire le parcours une fois de plus.

Si lui pousse sans bagages, qu’en est-il de nous ?

 

 Il y avait un camping sur berge à Yeoju. Mais pas moyen de se résoudre à y planter la tente. Quelle foire ! Exactement le genre d’ambiance qui me fait fuir ou m’enfermer dans ma coquille avec les boules Quies. 

Les hôtels sont chers à Yeoju mais nous finirons par en trouver un. La literie était simple : un édredon très mince à étaler sur le sol, son frère jumeau pour se couvrir. Un emplacement plastifié est réservé pour ce couchage avec prise électrique pour être chauffé l’hiver, formule moderne du chauffage ancestrale par foyer sous le plancher.

 

Visite d’un petit temple sur son rocher au bord de la rivière, désormais noyé dans un complexe touristique, avec vue sur un aqua land, le camping et un monstrueux hôtel, ambiance sonore assurée.

Gardien du temple pour le moins efficace

 

Bien avant 9 h nous étions dans le parc des tombes royales du XVème siècle, seuls, nous promenant dans une paix toute aussi royale à travers une belle forêt de pins jusqu’aux tumulus des trois tombes des rois Sejong et Hyojong et de la reine Inseon. Une couronne de gardes, chevaux, béliers et ce que je pris pour des lions mais qui en fait serait des tigres, taillés dans la pierre, entoure ces stupas de gazon. 

Nous en repartions en milieu de matinée.

Est-ce parce que nous approchions déjà de Séoul et ainsi de la fin de ce séjour en Corée ? Est-ce parce que la suite nous parait vraiment très floue ? Nous pédalions à une allure de sénateur, piano-piano.

 

Nous allions nous arrêter pour déjeuner sur une aire de repos quand notre curiosité se réveilla soudain. Il y avait, garé là, à côté d’un campement, un superbe tandem couché pliant AZUB, tout neuf ! Les propriétaires dormaient sous leur tente. D’où venaient-ils ? Où allaient-ils ? De quelle nationalité étaient-ils ? Nous espérions des récits de chevauchées fantastiques et j’étais bien décidée à ne pas quitter les lieux avant la fin de leur sieste. Ils se levèrent enfin. Des Coréens qui n’imaginaient même pas qu’on puisse rallier Busan à Séoul à vélo (600 km !), qui s’étaient offert cette superbe machine de tourdumondiste, expédiée tout exprès de Tchéquie, pour une petite balade du dimanche. La voiture n’était pas loin sans doute car leur campement se composait d’une grande familiale, de tables pliantes, fauteuils, bref un matos impressionnant et lourd. Ils enfourchèrent leur tandem pour nous accompagner sur 500 mètres puis nous dirent au revoir et firent demi-tour. Nous avons vite compris pourquoi : suivait un raidillon de 50 m à 7%.

Un petit bout de conduite

25 km – nous n’en ferions pas plus. Il faisait lourd et nous manquions d’entrain. Des parcelles pour le camping étaient aménagées sur un grand terrain herbeux. Il y avait des sanitaires et de l’eau à volonté. Aucun tarif affiché. Pourquoi ne passerions-nous pas l’après-midi là ? Au programme : sieste puis reprise des dessins, nettoyage des vélos. Nous attendions la fin de l’après-midi pour monter la tente, alors que la plupart des autres campeurs pliaient bagages en cette fin de week end. C’est à 19 h qu’un petit jeune passa nous voir, registre en main, pour nous demander 25 000 won (20 € !) Ah, non, c’était trop cher pour coucher par terre quand nous payons 25€ une chambre d’hôtel ! Nous démontions la tente, remballions tout notre bazar, rechargions les vélos, faisions tout de même le plein d’eau et nous apprêtions à reprendre la route quand nous vîmes notre jeune gérant parler avec un autre cyclo campeur. Il vint vers nous et nous déclara : «  bon, vous pouvez rester gratuitement. Parce que, vous savez, mon frère aussi voyage à vélo. Il a traversé les Etats Unis et se trouve actuellement en Ethiopie. Mais surtout partez demain matin avant 7 h ».

 

L’autre cyclocampeur, c’était Marie Thérèse, grande voyageuse à vélo, qui allait faire notre parcours en sens inverse. Et si nous avions été frustrés de récits de grands voyages en début d’après-midi, nous allions avoir de quoi rêver en nous couchant. Il fut question du Kirghizstan, du Kazakhstan,  du Pamir, de l’Iran, du Népal…

Les vélos seront bien gardés

 

La température avait chuté de 10° et que le ciel était très couvert. La piste cyclable emprunta le tracé d’une ancienne voie de chemin de fer qui nous valut quelques tunnels rien que pour cyclistes. Il y eut même deux ‘Art Tunnel » !

Ben ma brave dame ! C’est fou c’qu’y peuvent créer les artistes de nos jours !

On nous offrit deux fois un café. Nous profitions du réseau wifi du troquet pour réserver une chambre d’hôtel à Séoul. C’était un peu frustrant d’arriver dès demain dans cette capitale. 

Les tours de la mégapole se profilaient à l’horizon. Sur notre piste cyclable verdoyante en bordure de fleuve nous trainions, retardions la fin de la balade. Plus nous approchions plus la berge était aménagée en parc, avec des aires de repos, des points d’eau potable, des toilettes.

Un homme nous fit signe de nous arrêter. Il voulait nous faire voir quelque chose. En fait il mourait d’envie de bavarder. Ming, 82 ans, « arrivé de Chine voici 700 ans »(sic), avait fabriqué son vélo couché lui-même et venait de terminer la traversée de la Coréen soit 800 km. Il nous fit voir des photos et nous offrit une glace – encore une glace !?

 

Ming serait notre dernière rencontre sur la route des 4 rivières.

Le séjour en Corée nous semblait trop court et pourtant, que faire d’autre ? Partir vers la côte Est et traverser cette terrible chaine de montagnes quasi inhabitée ? Préparer la suite ? Oui, mais quelle suite ?

Vous le saurez dans le prochain numéro…


Main dans la main avec les voisins du Nord ? On aimerait y croire

 

 

 

Article rédigé le 24 juin 2018

 

 

La semaine passée à Séoul restera dans ma mémoire une période d’indécision, de démarches et  tracas administratifs. Pourtant nous vous en offrons ici quelques clichés de vie de tous les jours.

Ce jour-là, rabais sur la location de costumes traditionnels. 

C’est le moment d’en profiter.

Vu de belles choses dans le musée national

Et puis dans quelques galeries

Nous rencontrions à Séoul deux cyclovoyageurs pas comme les autres. Anny et Denis voyagent sur des mini vélos pliants, 5 vitesses seulement, et 5 kg de bagages chacun. Leur légèreté nous a bien fait rêver, jusqu’à ce que Daniel fasse quelques tours de roue le cul sur leur selle. Ouïe ! Nous nous sommes bien habituer au confort de nos vélos couchés.

Tracas donc disais-je pour tenter d’avoir un visa chinois – ce qui devint un vrai casse-tête… chinois -, pour acheter un billet de bateau pour la Chine, puis l’annuler, puis un billet d’avion pour ailleur, enfin pour aller à l’aéroport situé à 60 km du centre-ville. Impossible de prendre le bus avec des vélos non pliants, impossible par la route car il n’y a que des voies express. Enfin les applications GPS nous indiquaient un ferry. Nous réservions une chambre d’hôtel non loin du ferry en question, pédalions plus de 50 km pour apprendre que ledit ferry ne fonctionnait plus, même s’il était toujours sur Internet. Retour le lendemain à l’aube à la gare la plus proche (et encore 13 km de ville) pour apprendre là que les trains sont interdits aux vélos en dehors du weekend. A force d’insister nous obtiendrons la permission de prendre le train avec nos montures, mais après 9h seulement ( bien la peine de se lever à 4h du matin). Rajouter encore un peu de stress pour faire accepter les vélos par la compagnie aérienne et nous nous promettions que le prochain voyage prendrait un continent par un bout pour ne le quitter qu’à l’autre bout.

Parasols ou parapluie pour attendre le feu vert (souvent très long à venir dans ce pays)

 

J’en connais deux (des Cyclomigrateurs pour ne pas les nommer) qui vont commencer à ne plus pouvoir nous supporter. Non seulement nous avons acheté les mêmes vélos qu’eux, puis nous les suivons à la trace en visitant les mêmes pays pratiquement par les mêmes routes, mais maintenant nous imitons leur paquetage ! Aussi ont-ils carrément changé de continent, espérant nous semer. Mais, attention !, on pourrait bien venir à leur rencontre un de ces jours …

Gros rouleaux de plastique bulle pour emballer les vélos à l’aéroport. Impressionnants mais très légers.

 

Mais au fait, pour quelle destination avons-nous finit par décoller ?

 

Almaty, Kazakhstan. On vous raconte bientôt. Sachez seulement que ça commence plutôt bien.