Mardi 23 janvier 2018 – St Céré

 

Combien de fois ai-je lu ou entendu dire que le meilleur moment du voyage, c’est la préparation ? Ah bien merci ! Quel casse-tête ! Surtout depuis qu’Internet nous permet de tout organiser soi-même !

Je me souviens de notre premier voyage, en 1977. Nous allions en Islande. En une demi-heure l’achat du billet d’avion avait été conclu dans une agence de voyages, puis nous avions filé à la FNAC chercher Le Guide du Routard (ledit Routard était encore jeune et sans le sou à l’époque, avant de s’être considérablement embourgeoisé) et nous passions les jours suivants à rêver de grands espaces et d’aventures à notre mesure.

Désormais, c’est génial, il y a Internet. On peut tout faire soi-même de son canapé, et comme on s’y sent bien dans le canapé, on fait durer. C’est qu’il y a le choix ! Tous les jours, à  toutes les heures, au départ de toutes les villes, à tous les prix, des prix qui changent d’heure en heure … Et comme on veut aller loin en payant le moins cher possible, on « surf », on cherche, on hésite, on laisse passer de Super Promos, on finit par en choisir une autre pour s’apercevoir, après avoir passé trop longtemps à remplir les formulaires, au moment de cliquer sur « J’accepte les conditions générales de vente… » qu’il y a une taxe surprise. Retour à la case départ, on reprend la recherche. Et ça peut durer des jours ! Enfin le billet est dans la boite Mail. Mais c’est qu’on ne voyage plus avec un petit sac de 10 kg ! Il y a les vélos ! Combien le transport des vélos ? Retour sur Internet. Ah ! les conseils pour les emballer, on finit par les trouver, les tarifs aussi – parfois – mais le formulaire pour les enregistrer et être sûr qu’ils partiront avec nous, c’est moins facile. Le mieux c’est de téléphoner directement à la compagnie aérienne – à condition de trouver un numéro de téléphone. Dans le cas présent de la Turkish Air Lines, nous sont demandés les dimensions exactes et le poids des vélos « afin de vérifier s’ils entrent dans l’avion, car, vous comprenez bien que suivant le vol ce n’est pas le même type d’avion » (sic ). J’ignorais que nous risquions de partir en ULM… Et allez ! Vous me remettrez un petit coup de stress jusqu’à la réponse « vélos accordés » (ouf !) reçue deux jours plus tard. Il faudra encore penser à récupérer des cartons et du plastique bulle pour l’emballage.

 

Ensuite il faut réserver un hôtel car, je ne sais pas si c’est pareil pour vous, mais désormais on atterrit pratiquement chaque fois de nuit. Après trente heures de voyage dont une nuit d’escale sur les sièges d’une salle de transit on aimerait bien pouvoir se mettre au lit rapidement. Et sur Internet ça recommence ! Il y en plein des hôtels, à tous les prix, avec les avis des clients. Celui-ci « trop poussiéreux », dans celui-là « pain pas frais au petit-déjeuner », l’autre « trop bruyant », celui-là encore « pas de fenêtre dans la chambre »… Il faut tout prendre en compte : le prix, l’emplacement en ville et l’éloignement de l’aéroport pour calculer le prix du taxi, la propreté, etc. et ne pas se fier aux photos de chambres toujours luxueuses mais non contractuelles. Et puis, dans notre cas, il faut écrire à chacun pour s’assurer que nos chères bécanes pourront être stockées dans un endroit sécurisé. Cette recherche-là peut s’étaler elle aussi sur plusieurs jours. Les yeux vous brûlent à force d’être rivés à l’écran, on a les nerfs en pelote, plus rien ne se fait à la maison…

Donc nous partons ! Enfin j’espère, car tout est plutôt virtuel sur le Net. Seules choses bien réelles dans tout cela : les débits sur le compte en banque.

 

Merde alors ! Si les préparatifs sont les meilleurs moments du voyage, ça promet ! Et encore ne tentons-nous d’organiser que le premier jour ! Pour la suite, on improvisera et ce sera un régal … enfin, j’espère. Ah ! Ils ont bien raison les copains qui voyagent en « organisé ». J’ai vu passer des super promos, tellement pas chères parfois qu’on se demande si on ne voyage pas dans la cale du bus avec les valises. De toute façon, somnolant dans un fauteuil 1èreclasse ou dans un coffre de bus, on risque toujours de voyager comme une valise.

 

Combien de fois ai-je lu ou entendu dire que le meilleur moment du voyage, c’est quand on rentre et que, vautré dans un canapé, un verre à la main, on raconte aux amis ? …

Eh bien ne vous attendez pas à ce qu’on rentre tout de suite car tout ce que je viens de raconter, moi, je ne le fais pas pour quinze jours de vadrouille.

 

 


Article rédigé le 19 février 2018 de Tamsui(Taiwan)

 

Départ de St Céré le 4 février 2018 – ça caille

 

 

Bon allez, je vous raconte. Je ne pensais pas le faire tout de suite, mais si je vous en donne trop à la fois, vous n’aurez pas le courage – ou pas le temps – de tout lire avec assiduité.

 

Nous sommes donc à Taîwan depuis jeudi 15 février. Mais le plus difficile fut  d’atteindre l’aéroport de Marignane !

Mardi après-midi nous prenions le train jusqu’au Pas des Lanciers où se situait l’hôtel réservé soi-disant tout près de l’aéroport. 5 kilomètres,  une broutille ! Ce fut mercredi matin le Salaire de la Peur. En pleine nuit, à 6h30, sur cette voie rapide qu’est la D20, à vélo dans une circulation d’enfer de voitures et de camions qui déboulent comme si le gros lot de la journée allait être gagné par le premier arrivé au boulot. Nous finissions par arriver nous aussi mais j’avais tellement eu la boule au ventre que j’avais envie de vomir. Il n’était pourtant pas question de se détendre. Nous n’avions que deux heures pour préparer et emballer vélos et sacoches. Et c’est en sueur, sans avoir eu le temps de se changer ni de manger un bout que nous prenions la file d’attente pour l’enregistrement. Heureusement nous aurions le temps de nous reposer durant les 23 heures de voyage à suivre.

A Istanbul l’atterrissage fut musclé l’avion abordant la piste beaucoup trop vite de l’avis de tous les passagers. Encore un petit stress en voyant nos deux vélos abandonnés sur le tarmac, seuls au pied de l’avion. L’aéroport Ataturk, monopole de la Turkish Air Line, est devenu une véritable plaque tournante où atterrissent et décollent minute par minute, jour et nuit, des avions pour le monde entier. En salles de transit ça grouille de monde mais nous trouvions tout de même un coin à peu près calme où nous allonger quelques heures. Redécollage à 2h du matin, dîner dans l’avion, puis petit-déjeuner et atterrissage à Taïwan à 12h30 soit 17h30 heure locale, non sans avoir vu du  ciel la Rivière des Perles, la ville de Canton et Hong Kong.

Au contraire du précédent vol l’atterrissage se fit tout en douceur, les passagers, tous asiatiques, ne se ruèrent pas vers la sortie comme des damnés, le passage à la douane, malgré la foule, se fit dans le plus grand calme et nos bagages, vélos compris, nous attendaient près du tapis roulant. Contrairement à Marignane il y avait des chariots disponibles partout –gratuits- et si nous étions inquiets de trouver un taxi assez grand pour tout notre barda, ce n’était pas la peine. Deux employées étaient là pour canaliser les clients, appeler les voitures, et c’est sans difficulté aucune que nous nous trouvions en train de rouler vers notre logis. Tout cela sans parler un mot de Chinois. J’imagine que ce ne doit pas être si facile pour un Chinois débarquant à Roissy. Notre chauffeur téléphona à notre logeuse et ne nous quitta pas sans être certain qu’elle allait arriver quelques minutes plus tard.

 

Si les rues étaient étrangement vides c’est que le 15 février est cette année le jour de l’an chinois. Et l’année qui commence est celle du chien, le meilleur ami des cyclistes comme nous le savons tous.

Mais heureusement il y a la SPA, comme indiqué sur ces panneaux d’informations

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Soit dit en passant, dommage que le chien de la voisine ait tenu à fêter bruyamment cette première nuit de l’année. Tous les commerces et pratiquement tous les restaurants étaient donc fermés ce soir-là mais Liu, notre logeuse, avait pensé à nous apporter des soupes instantanées – premières d’une longue série n’en doutons pas. Au 7/11 du coin, superette ouverte 24h/24, 7j/7/365, nous trouvions deux petits flans en guise de dessert et bientôt nous nous écroulions sur le lit King Size d’une chambre confortable et spacieuse.

 

Dans la matinée nous sortions faire un tour dans les rues toujours aussi désertes. Dans un square des gens âgés promenaient leurs chiens, des plus jeunes leurs gamins. Qu’ils sont beaux ces mômes aux yeux à peine fendus, les joues rouges comme des pommes bien frottées et la petite bouche en cerise. Les cerisiers décoratifs sont déjà en fleurs d’ailleurs.

 Il faisait plutôt doux – 22°- et des joueurs de croquet chatouillaient leurs boules tandis que d’autres faisaient quelques mouvements de gymnastiques.

 Nous déjeunions de raviolis dans un snack avant de rentrer faire la sieste.

1ers raviolis à la baguette, 1ères taches

 

 Dans l’après-midi, déballage et remontage des vélos et dans la soirée nous retournions au 7/11 acheter deux autres soupes et un plat de riz aux légumes en sauce que le commerçant fit réchauffer au micro-ondes avant de nous le donner avec cuillères et serviettes dans un filet en nylon tout exprès pour ne pas se brûler et que je regrette de ne pas avoir photographier. C’est fou ce qu’ils ont le sens pratique ces asiatiques. A croire que des milliers de gens sont employés à chercher des solutions et inventer des gadgets utiles pour faciliter la vie quotidienne.

 

Nous nous réhabituons à des scènes asiatiques. L es marchandes de soupe vendent leur bouillon dans les jardins publics, les vieux boivent le café assis sur des chaises en plastique sous le banian du temple de quartier, les fidèles allument leurs cierges et brûlent des petits papiers contenant leurs souhaits, et tout le monde, absolument tout le monde, de tous âges, tapote sur son smartphone. 

Si la rivière qui traverse la ville sent plutôt les égouts, en revanche pas un papier, pas un sac plastique, pas un mégot par terre, pas un tag sur les murs, des WC publics partout, très propres et gratuits. 

 

 

Dans les jardins publics, il est interdit de 

Dimanche 18 février 2018 – Tamsui

Dimanche 18 février 2018 – Tamsui

Et c’est parti ! Dans la matinée nous enfourchions les vélos chargés et prenions la direction de Tamsui, port de pêche d’après le guide. Heureusement la circulation était très fluide en ce dimanche matin car nous allions traverser 44 km de banlieue. De quoi se mettre le vélo en mains… Car si nous avions l’impression d’être complètement au point lors de nos balades autour de St Céré, avec 30 kg de bagages cela change beaucoup de choses !

pause déjeuner

 

 En fait de petit port de pêche comme je me l’imaginais, nous nous trouvions en début d’après-midi dans une ville encombrée, au milieu d’une circulation de voitures et scooters digne de Java. Je crois bien que je n’ai rien vu d’autre tout du long de la route que les véhicules dans mon rétroviseur et les feux rouges et le drapeau de Daniel devant moi.

 

Nous avions réservé une chambre d’étudiant au 15ème étage d’une tour. De la folie de se loger si haut dans un pays où la terre tremble trop souvent. Le dernier séisme force 6,8  a eu lieu il y a dix jours sur la côte Est et les images d’une tour déracinée comme un arbre sont tout à fait impressionnantes. 

Vue sur le port de pêche de Tamsui de notre chambre

 

 

 

 

 

Pour le Nouvel An chacun va faire ses dévotions aux temples.

 Le Fuyon Temple fut construit en 1782.

Mais il y a également plein de petits temples de quartier

Les rues sont décorées de tags comme nous les aimons.

La promenade de bord mer de Tamsui

 

 

Ce que nous ne savions pas c’est que les Taiwanais sont encore en vacances du Nouvel An pour quelques jours. Et apparemment ils sont tous venus à Tamsui aujourd’hui, pour se promener dans un port de pêche.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Absolument tout le monde est venu à Tamsui le même jour que nous

 


Article rédigé le 28 février à Hualien

 

 

Nous vous avions quittés àTamsui au 14ème étage d’une tour d’un soi-disant port de pêcheurs. Vers minuit je me réveillais en sursaut sur mon lit qui tremblait. Ce n’était pas une hallucination mais bel et bien un tremblement de terre. Dany l’avait senti aussi. J’étais morte de peur et regardais par la fenêtre. La vie ne s’était pas arrêtée en bas dans les rues, les mobylettes circulaient toujours, les lanceurs de pétards fêtaient la nouvelle année, les lumières brillaient aux fenêtres des appartements des couche-tard. Je finis par me rendormir non sans avoir méditer sur  l’impermanence des choses.

Nous suivions la côte vers le Nord, dans la brume puis du crachin, traversions des stations balnéaires très laides et aussi grises que la mer. Tant que la route était plate nous jouions à être Fred et Ophélie (voir Lespiedsdevant), mais la moindre petite côte nous enlevait toute illusion. Bon sang qu’ils sont lourds ces vélos !

 

Un cycliste nous doubla deux fois et lorsque nous nous arrêtions pour déjeuner à Jinshan, il se trouvait justement attablé. Il prit les choses en mains et nous nous trouvions bientôt devant une assiette de riz aux petits légumes et œuf, une soupe à la coriandre et une cannette de jus de coco. Nous échangions en Anglais quelques informations et au moment de payer notre repas apprenions que cela avait déjà été fait par notre ami. Photos rituelles prises nous nous séparions. L’un enfourchait un vélo de 7 kg pour rentrer sur Taipeï, les autres leurs tanks de 50kg PTC. 

Il faisait de plus en plus humide et gris. Nous cherchions un hôtel. Le premier s’avéra être un motel payable à l’heure. 30 € les deux heures. Cela faisait chère la sieste, et même le reste. Nous finissions au Y Mey hotel, un brin vieillot mais franchement moins cher. Encore un petit bain de foule dans la « Old street » pour déambuler devant une théorie de stands de nourritures et boissons tout aussi énigmatiques pour nous les uns que les autres. 

C’est sous une pluie fine et pénétrante que nous allions le lendemain visiter le merveilleux Juming Museum. Un taxi nous y emmena et nous nous félicitions d’avoir renoncer aux vélos. La route grimpait suivant des courbes et des rampes impressionnantes. Normalement de là-haut la vue aurait dû être superbe. Heureusement des parapluies transparents étaient mis à la disposition des visiteurs.  Mais quel dommage un temps pareil pour se promener dans ce jardin extraordinaire ! Le seul avantage est que nous y étions quasiment seuls. 

Le lendemain matin, tout près de l’hôtel, nous étions arrêtés par un petit défilé. Si mon interprétation est la bonne, les déités rentraient au bercail, précédés de dragons dansants, de musiciens, de pétards, bref de beaucoup de bruits pour éloigner les démons. Il pleuvait encore, il pleuvait toujours.

18 km seulement et cela suffisait amplement. Nous avions enfilé des capes plastiques jaunes achetées la veille par-dessus nos vestes mais arrivés à Keelung nous commencions tout de même à mouiller. Nous n’étions attendus que dans l’après-midi et il n’était pas midi mais alors que la pluie s’intensifiait et qu’il se mettait à tomber des cordes nous étions bien contents d’être au sec dans ce vaste appartement loué pour deux jours.
Une assiette de riz et légumes avalée à la gargote d’en face et nous nous glissions sous la couette dans l’espoir de nous réchauffer. Si la température extérieure était de 13°, elle ne devait guère dépasser 15° dans l’appartement. C’est une petite comptine diffusée sous nos fenêtres qui nous sortit de la somnolence. Un marchand de glace ambulant par ce temps ? Non. Le camion des éboueurs qui invitait les habitants à venir déposer leurs sacs à ordures. 

La circulation est intense sur cette route côtière. La chaussée est cependant assez large et munie d’une bande pour les deux roues. La côte rocheuse est assez belle ainsi que les falaises tombant dans la mer mais les infrastructures sont vraiment très laides.

Fin de journée dans un camping qui peut accueillir plusieurs milliers de personnes en été. Fin d’après-midi au calme avec même un rayon de soleil

 

De Fulong une piste cyclable bien isolée de la route atteint Sincheng, juste avant le Dali Temple. Nous avions le choix entre deux pistes cyclables en fait, l’une empruntant le « Old caolin tunnel » et l’autre suivant la côte. Nous options pour cette dernière, notre guide indiquant un ancien village de pêcheurs aux maisons coiffées de chaume. Nous nous sommes bien fait avoir sur ce coup-là mais la côte sauvage et rocheuse valait bien le détour.

 En revanche si nous avions choisi le tunnel, nous aurions été plus au sec. C’est juste à la jonction des deux itinéraires qu’une pluie diluvienne avec fortes rafales de vent nous fit nous engouffrer dans un bureau de tourisme. La jeune femme qui le tenait avait l’air de bien s’ennuyer et, toute heureuse de la diversion que nous lui apportions, fit de gros efforts dans un Anglais scolaire pour nous informer. D’abord, si nous avions besoin de quoique ce soit, outils pour réparer les vélos, un endroit où dormir ou même simplement un thermo d’eau chaude, ne pas hésiter à s’adresser aux postes de police. Les policiers sont là pour nous aider ! Ça laisse rêveur ! J’imagine un Chinois à vélo sonner au commissariat d’une bourgade française parce qu’il n’a plus d’eau chaude pour son thé… Les flics ont en effet l’habitude de nous faire de grands signes bonjour en nous croisant. Ensuite elle téléphona au camping de Toucheng pour en savoir le prix et nous préciser qu’il fallait y arriver avant 16h30. Nous y étions bien avant non sans avoir fait une pause déjeuner au pied du Dali Temple.

 Le camping de Toucheng est situé dans le Forest Park, une espèce de jardin public en bord de mer. Le gardien fut tout heureux de notre arrivée, nous montra les emplacements pour les tentes puis, se ravisant, nous proposa de monter la nôtre à l’abri du vent et de la pluie dans un bâtiment. Seules conditions : nous devions attendre la fermeture du parc à 17 h pour nous installer et avoir tout démonter à 8h le lendemain matin. En attendant il nous fournit de l’eau chaude pour le thé et des oranges. A 17 h notre homme nous donna la clef des lieux et nous promit le petit déjeuner pour le lendemain matin. Nous refermions la grille derrière nous. Nous étions seuls dans les lieux et l’océan rugissait à nos pieds. La terre tremblera encore une fois dans la nuit.

A 8h précises notre petit déjeuner était livré : friand aux légumes, petits pains au sésame tout chauds, œufs durs, bananes, oranges, lait de soja (mon régal) offerts par notre gardien. Pas belle la vie ? Nous avions de quoi faire trois repas. Nous prévenions notre homme de l’arrivée probable dans le courant mars  des Cyclomigrateurs – « same age, same bicycle ».

 

Nous reprenions notre route vers le sud dans une triste grisaille et par 16°. Un couple de cyclistes roulant en sens inverse vint vers nous. Elle n’avait pas de bagages mais lui avait tous les attributs du routard confirmé. Il fit défiler des photos des pays visités à vélo : la Russie, la France et l’Italie, le Japon, l’Asie du SE… il était même allé sur l’Ile de Pâques ! Nos vélos les intriguaient bien sûr. Nous apprenions au fil de la discussion qu’il est possible de camper dans les temples gratuitement.

Rencontre sur la route

 

Une partie de la route étant réputée dangereuse, très fréquentée par les camions et pleine de longs tunnels  nous bifurquions vers la gare de Dongshen par une piste cyclable le long d’une rivière aux berges joliment aménagée.

La bruine se transforma bientôt en pluie bien froide et nous ne regrettions pas d’avoir écourté la route. 

L’organisation des gares est impressionnante. Pas le temps de demander quoique ce soit que déjà le passage pour handicapés est ouvert pour nos deux vélos chargés (en France un cul de jatte qui n’a pas sa carte d’handicapé doit se payer les escaliers – véridique, cela se passait à Agde), l’ascenseur pour monter aux quais est assez grand pour y entrer avec un vélo couché chargé ( !) et le chef de quai connait l’emplacement de la voiture dans laquelle doivent monter nos vélos ! Incroyable ! Nous arriverons à Xincheng à la nuit tombante et la flemme nous prend de rouler à la recherche d’un emplacement pour camper. Ce ne sera pas encore ce soir-là que nous dormirons gratuitement. Demain, nous verrons clair demain.

 

Et le lendemain, nous nous réveillions sous le soleil ! Vue dégagée sur les sommets culminant à 2000m et plus. Nous gardions la chambre pour une nuit supplémentaire et, vélos déchargés, pédalions vers l’entrée des gorges de Taroko. Le chemin qui suit la rivière Shakadang, taillé dans la roche sur une bonne portion, permet une très belle promenade entre les falaises abruptes. Ces falaises de marbre seraient les plus hautes du monde (à vérifier).